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57 ans après: Le peuple du Southern Cameroon attend toujours d’être libre

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Le British Southern Cameroon célèbre ce jour le 57e anniversaire de son indépendance qui s’est traduite par le rattachement à la République du Cameroun francophone pour former une union confédérale. Mais en lieu et place  de la dite union, cet ex-territoire sous tutelle des Nations Unies a été annexé et assimilé par la République du Cameroun. Pourtant, au sens du droit international, le peuple du Southern Cameroon mérite de jouir de son droit de disposer de lui-même. Mais Yaoundé ne l’entend pas de cette oreille.

1er octobre 1961-1er octobre 2018. 57 ans que l’indépendance du Southern Cameroon a été proclamée. Pour l’ONU, ce territoire qui était sous sa tutelle ne pouvait être souverain qu’en se rattachant à la République du Cameroun voisine, indépendante depuis le 1er janvier 1960. Mais pour la République du Cameroun voisine, cette « indépendance en se joignant à » avait toute une autre connotation.

Pour le président de la République du Cameroun de l’époque, Amadou Ahidjo et ses maîtres français, l’ONU venait de leur céder un territoire à conquérir et à exploiter. L’ONU venait de leur confier une population et ses dirigeants démocratiquement élus à assujettir. Ainsi commença un processus d’annexion contre laquelle le peuple du Southern Cameroon a décidé depuis bientôt un an de se battre.

Le Southern Cameroon, que l’effet d’annexion a transformé en régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la République du Cameroun, est un ex-territoire sous tutelle des Nations Unies. Et d’après la Charte des Nations Unies en son article 76-b, le but de la tutelle est de « favoriser le progrès politique, économique et social des populations des territoires sous tutelle ainsi que le développement de leur instruction; favoriser également leur évolution progressive vers la capacité à s’administrer eux-mêmes ou l’indépendance ».

Intangibilité des frontières

La même Charte des Nations Unies en son article 1(2) énonce comme but de l’ONU : « Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes ».Les articles 19 et 20 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ratifiée par le Cameroun en 1987 interdisent toute domination d’un peuple par un autre.

S’agissant de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation, l’article 4 (b) de l’Acte constitutif de l’Union africaine (précédemment Organisation de l’Unité Africaine) en fait un principe juridique cardinal. Depuis les accords Simon-Milner de 1917 entérinés par le traité de Versailles du 28 juillet 1919, la République du Cameroun et le Southern Cameroon sont séparés par une frontière internationale jusqu’à ce jour, aucun traité de l’Union n’ayant été signé entre les deux Camerouns. Les indépendances obtenues séparément par les deux Camerouns au début des années 1960 sont la preuve qu’il s’agit bel et bien de deux territoires distincts.

Dit de manière simple, le droit international accorde aux Anglophones du Cameroun la possibilité sur leur territoire d’élire leurs dirigeants, de hisser leur drapeau, de chanter leur hymne national, de voter leurs lois, d’avoir une nationalité, d’adopter leur système éducatif et judiciaire, d’avoir une police et une armée, etc. Paul Biya, président de la République du Cameroun (ex-Cameroun oriental français) devrait le savoir. Son régime, l’opposition, les organisations de la société civile, la majorité des Camerounais francophones aussi.

Recolonisation

Pour que cesse la sale guerre en cours dans le Southern Cameroon, il faut que tout ce beau monde comprenne  que le Southern Cameroon n’est pas une région de la République du Cameroun et que son peuple ne s’est pas rattaché à la République du Cameroun pour lui céder ses « droits de terre ». Aucun peuple au monde ne peut accepter abandonner ses institutions démocratiques, son système judiciaire et éducatif, sa langue, bref son destin et sa dignité pour se soumettre à autre peuple comme Amadou Ahidjo l’a laissé croire en mai 1972 lorsqu’il décida de démanteler la Fédération pour instaurer un Etat unitaire.  Nul n’oubliera que le 20 mai 1972, à coup de mascarade référendaire, Amadou Ahidjo s’est accaparé le territoire du Southern Cameroon et soumis son peuple à la domination, à la colonisation.

C’est contre cette domination, contre cette colonisation ou recolonisation que les Anglophones se battent depuis bientôt un an. C’est parce qu’ils veulent sortir définitivement du joug colonial qu’il célèbre ce jour la proclamation de leur indépendance. Une indépendance qu’ils n’ont pour de vrai jamais obtenue. Une indépendance qui s’est muée en annexion. Une indépendance galvaudée. Une indépendance volée. Les Anglophones ne veulent ni de décentralisation, ni d’hôpitaux, ni d’écoles, ni de routes, ni de section anglophone à l’Ecole d’administration et de magistrature, ni d’enseignants anglophones. Ils veulent leur droit d’exister en tant que peuple dans le concert des nations. Le comprendre est un pas vers la sortie de crise.

Michel Biem Tong

Ci-dessus, images de la célébration du 57e anniversaire de l’indépendance du Southern Cameroon à Bafut, dans la partie nord du territoire. 

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