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Cameroun : Affaire du journaliste Paul Chouta : La société civile hausse le ton

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Au cours d’un point de presse organisé ce 2 septembre 2020 à Yaoundé sur le cas du journaliste et lanceur d’alertes Paul Chouta, 3 ONG camerounaises ont dénoncé une affaire kafkaïenne et une détention arbitraire.

15 mois de détention arbitraire pour un délit punissable à pas plus de 6 mois de prison ferme. 14 renvois devant le Tribunal de première instance (TPI) de Yaoundé-centre administratif. Une affaire dite de flagrant délit dans laquelle l’accusation est sommée par le tribunal de produire d’autres preuves pour accabler le prévenu après que les premières aient été rejetées. Il n’en fallait pas davantage pour faire réagir la société civile. Au cours d’un point de presse tenu ce mercredi 2 septembre 2020 au siège de Nouveaux-Droits de l’Homme-Cameroun au quartier Nkol-Eton à Yaoundé, les ONGs camerounaises NDH-Cameroun, Un Monde à Venir et Mandela Center sont montées au créneau pour dénoncer « une affaire kafkaïenne », « une parodie de justice » dans le cadre de la procédure contre le journaliste, lanceur d’alertes et défenseur des droits humains Paul Chouta : « punition où règlements de compte ? », se sont demandées les ONGs.

D’après le trio des organisations de la société civile, l’affaire Paul Chouta est un condensé d’arrestation et de détention arbitraires, de procédure inéquitable et anormalement longue, ceci en violation tant du Code de procédure pénale camerounais que des textes internationaux ratifiés par le Cameroun notamment la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples et le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques. Aussi a-t-il été recommandé à l’Etat du Cameroun de sanctionner les autorités rendues coupables de laxisme ou de manipulation dans cette procédure et à la justice camerounaise de libérer immédiatement Paul Chouta qui a largement purgé sa peine.

Paul Chouta

Journaliste du site d’informations Cameroonweb, administrateur de la page Facebook Le TGV de l’Info, Paul Chouta a été interpellé nuitamment le 28 mai 2019 par des policiers en civil, sans convocation ni mandat de justice, sur plainte pour diffamation de l’écrivaine franco-camerounaise Calixte Beyala. Cette dernière lui reprochait d’avoir publié sur sa page Facebook une vidéo d’elle en train de se disputer avec un homme dans une ruelle de Douala. Après une garde-à-vue jugée arbitraire à la Division de la Police Judiciaire de Yaoundé, Paul Chouta est placé en détention provisoire le 10 juin 2019 à la prison centrale de Yaoundé-Kondengui. Le 29 juillet dernier, alors qu’on s’attendait à un non-lieu, le TPI a demandé à la plaignante de produire d’autres preuves, les premières ayant été écartées pour défaut d’authenticité. L’affaire s’est poursuivie ce 3 septembre 2020. Aux dernières nouvelles, elle a été renvoyée au 1er octobre prochain le temps pour la nouvelle juge fraîchement affectée au TPI de s’imprégner du dossier.

Il est évident que l’affaire Paul Chouta n’en est pas une de droit commun. Calixte Beyala dispose de quel pouvoir pour influer aussi négativement sur le cours d’une procédure judiciaire si ne gravitent pas autour d’elle des dignitaires du régime Biya hautement puissants ? Paul Chouta, osons le dire, est victime de ses dénonciations, à travers sa page Facebook Le TGV de l’Info, des perversités de la gouvernance du régime Biya et de ses multiples violations des droits humains. Le 31 janvier 2019, le journaliste a été violemment agressé par des personnes non-identifiées à la sortie de son domicile à Yaoundé. Paul Chouta paye également pour son soutien à Maurice Kamto, opposant farouche au pouvoir de Yaoundé. Début octobre 2018, le journal camerounais L’Essentiel, proche du régime Biya, le faisait figurer parmi les hommes politiques et acteurs de la société civile financés par le milliardaire américain Georges Soros pour déstabiliser le Cameroun. Cette détention arbitraire n’a donc rien d’une simple volonté de punir un délinquant. Tout est politique de la tête aux pieds.

Michel Biem Tong      

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