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Cameroun : Conflit anglophone : Qui a tué le travailleur humanitaire Christopher Tandjo à Batibo ?

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 Enlevé vendredi dernier dans la localité de Batibo, région du nord-ouest anglophone du Cameroun, l’humanitaire qui travaillait pour une ONG locale a été tué le même jour par les séparatistes selon le bureau camerounais des Nations Unies de la coordination des affaires humanitaires. Mais peut-on en jurer au regard de la multiplication par le pouvoir de Yaoundé des bandes armées dans cette zone aux fins de la contre-révolution ?

Selon le Bureau des Nations Unies de Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) basé au Cameroun, Christopher Tandjo, travaillant pour l’ONG Initiative pour le développement communautaire (COMINSUD) a été enlevé puis tué le 10 août dernier à Batibo, dans le nord-ouest anglophone du Cameroun, en proie à une guerre d’indépendance contre le pouvoir de Yaoundé. Pour l’instant, aucun groupe armé indépendantiste n’a revendiqué cet acte condamnable en tout point de vue.  Aucune faction du mouvement indépendantiste anglophone n’a encore fait une déclaration à propos.

Mais l’OCHA ne se fait aucune illusion à propos : ce sont les séparatistes qui ont enlevé et tué ce travailleur humanitaire parce qu’il a rendu publique une vidéo dans laquelle il dénonce les abus des séparatistes. Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur l’Afrique centrale à Human Right Watch, n’y est pas allée de main morte. Sur son compte Twitter, la chercheuse pousse un cri de colère : « triste, inacceptable, criminel. Trop de travailleurs humanitaires ciblés par les séparatistes depuis le début de la crise anglophone… ».

Au regard des témoignages et indices en sa possession, votre journal en ligne hurinews.com est à mesure de dire que la situation sur le théâtre du conflit dans le Southern Cameroons est d’une telle complexité que cette dernière ne saurait donner lieu à des erreurs de jugement, à des conclusions hâtives et à des idées reçues. En effet, lors de sa garde-à-vue arbitraire dans les cellules du secrétariat d’Etat à la défense (SED) chargé de la gendarmerie à Yaoundé, l’auteur de ces lignes a appris d’un jeune détenu de la crise anglophone qu’il existe bel et bien dans les régions anglophones des groupes armés créés par l’élite anglophone proche du pouvoir de Yaoundé et que les vrais séparatistes armés (encore appelés Restorations Forces) sont en parfaite harmonie avec les populations locales parce que fils et filles des familles dans les localités où ils opèrent. Le gardé-à-vue en question a également confié avoir vu de ses propres yeux une élite du coin venue remettre de l’argent à un groupe de jeunes dans sa localité d’origine en vue de la création d’une milice, tout en soulignant que ces bandes armées créées par l’élite locale sont réputées pour leur agressivité envers les populations locales.

La Division de la Sécurité Militaire

Les ONG locales et internationales, tout comme la presse internationale, doivent également se faire à l’idée que le pouvoir de Yaoundé à travers l’élite politique et administrative anglophone entretient des milices criminelles sur le terrain des opérations qui kidnappent contre rançons, tuent, décapitent, tout ceci dans le but de dresser les populations locales et la communauté internationale contre les séparatistes qui ont pris les armes au nom de la légitime défense. Défense de leurs communautés terrorisées par la soldatesque du régime Biya. Défense de leur territoire, le Southern Cameroons, indépendant depuis le 1er octobre 1961.  Le 23 octobre 2018, lorsque l‘auteur de ces lignes se trouvait à la Division de la Sécurité Miitaire (SEMIL) du ministère de la Défense à Yaoundé avant son enlèvement sur ordres de son criminel de patron, le colonel Joël Emile Bamkoui, un agent SEMIL lui a informé que cet organe en charge de la discipline militaire et du contre-espionnage a mis en place un plan secret pour diviser la branche armée du mouvement indépendantiste anglophone.

Tenez-vous tranquille, diviser les groupes armés indépendantistes suppose les infiltrer par des éléments dangereux ou en créer d’autres en parallèle qui vont agir dans le sens contraire des séparatistes authentiques, à savoir kidnapper contre rançons, tuer, mutiler ou décapiter les victimes civiles comme militaires afin de présenter les Ambazonia Restorations Forces aux yeux de l’opinion internationale comme étant des groupes terroristes et assassins. Le 19 septembre 2018, l’activiste camerounais basé aux USA Patrice Nouma, ex-membre de la garde rapprochée de la Première Dame, Chantal Biya, a publié un article sur son compte Facebook dans lequel il révèle que le commandant de la SEMIL, le colonel Bamkoui , était en train d’étouffer une enquête ouverte par la légion de gendarmerie du Sud à Ebolowa, sur un soupçon de ravitaillement des groupes armés séparatistes en 40 000 munitions. Quel intérêt le colonel Bamkoui avait à obstruer une enquête sur des suspicions de collusion entre des militaires camerounais (dont un agent SEMIL) et des séparatistes armés  ? Réponse simple : il s’agit de groupes séparatistes créés par le régime Biya. Hurinews.com est également en mesure de certifier que des hommes d’affaires anglophones proches du pouvoir de Yaoundé versent des millions de FCFA à Ayaba Cho, patron de l’Ambazonia Defence Force (ADF) basé en Norvège, pour l’achat des armes devant servir à neutraliser les groupes armés loyaux à la lutte d’indépendance et à semer la terreur au sein des populations au nom de la contre-révolution.

Le commandant de la SEMIL, Emile Bamkoui, celui qui fait convoyer les armes et munitions pour le compte des groupes séparatistes créés par le pouvoir de Yaoundé

Les séparatistes armés différents des groupes rebelles

Attention également à une mauvaise sociologie du conflit anglophone car la règle du « les deux camps commettent des crimes » n’est pas universelle. A chaque conflit sa nature, son contexte, sa spécificité et surtout son historique. Dans des pays en proie à des rébellions armées ou qui en ont connu tels que la Centrafrique, la RDC (à l’est du pays), la Côte d’Ivoire, les groupes armés sont généralement de jeunes gens venus de pays voisins et qui sont armés par des officines occidentales dans le but de créer une zone de non-droit pour l’exploitation avec opacité les ressources du sol et du sous-sol du pays envahi. Fort de ce soutien occidental, les rebelles entreprennent d’affaiblir l’autorité de l’Etat envahi et à terroriser les populations avec lesquelles ils n’entretiennent aucun lien de parenté ou affectif. Conséquence, les abus de tout genre sont souvent enregistrés : vol du bétail, violences sexuelles sur des femmes ou jeunes filles, assassinats, enlèvements, exécutions sommaires, etc. La situation est à 360 degrés différente dans le contexte du conflit anglophone. Les indépendantistes armés défendent l’indépendance du Southern Cameroons (Nord-Ouest et Sud-Ouest) votée par les Nations Unies, contre les soldats camerounais qui estiment qu’il s’agit d’une partie du territoire camerounais. Contrairement aux groupes rebelles sus-cités, les membres des groupes armés séparatistes sont originaires des localités où ils opèrent, ne bénéficient d’aucun soutien d’un pays occidental mais de leurs frères et sœurs de la diaspora et ils sont des fils et filles des familles qui vivent dans les villes et villages de la zone anglophone. Par ailleurs, ils sont aussi victimes d’avoir perdu un proche parent tué lors d’un raid de l’armée camerounaise, d’avoir des familles entières dormant en pleine forêt après que des soldats camerounais aient brûlé leurs cases.

Loin de nous toute idée de prendre fait et cause pour les indépendantistes anglophones armés. L’hypothèse selon laquelle le travailleur humanitaire Christopher Tandji a été tué par ces derniers résisterait difficilement à la réalité de ce conflit décrite plus haut. Car quel intérêt les Restorations Forces ont à s’attaquer ou à tuer les agents humanitaires qui apportent un secours aux membres de leurs familles victimes de cette crise ? Quel intérêt les séparatistes armés ont à s’attaquer où à tuer les travailleurs humanitaires au risque de se mettre à dos les pays occidentaux dont ils attendent le soutien à leurs revendications indépendantistes et qui hébergent leurs frères et sœurs de la diaspora qui leur sont d’un précieux soutien ? Il est donc plus que jamais impérieux pour les pays, les ONG et les médias internationaux d’intégrer le fait que certes, les séparatistes armés authentiques ne sont pas des enfants de chœur. Loin s’en faut. Mais ces derniers ont pour concurrents des milices formées et financées par le pouvoir en place à Yaoundé dans le but de commettre des atrocités qui sont imputées aux séparatistes armés. Les auteurs de l’assassinat du travailleur humanitaire pourraient également venir de ces milices qui peuvent avoir agi ainsi dans le but de dresser la communauté internationale contre les indépendantistes armés. Pensons-y également et ne nous laissons pas piéger.

Michel Biem Tong

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