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Cameroun : Crime contre l’humanité : Voici ce qui s’est passé à Ngarbuh le 14 février dernier

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D’après un rapport que vient de rendre public une coalition de 26 ONGs camerounaises dont Mandela Center et Nouveaux Droits de l’Homme-Cameroun, plus de 35 civils (dont 7 femmes et 14 enfants) ont été massacrés à Ngarbuh par une milice locale encadrée par des soldats camerounais. Le cerveau de cette attaque, à en croire le rapport de 18 pages  parvenu à la rédaction de hurinews.com, est un pensionnaire du Centre de désarmement, démobilisation et réinsertion, une structure créée par le gouvernement camerounais en novembre 2018 pour recueillir les combattants séparatistes qui accepte de déposer les armes. Ci-dessous, les faits tels qu’ils se sont déroulés, selon la coalition d’ONGs :

Dans la nuit du Jeudi 13 février 2020, des éléments armés appartenant à l’armée camerounaise, accompagnés par des bergers locaux et d’autres milices armées pro-gouvernementales, ont campé dans les villages voisins de Ngar 3 (Chii et Fiiru).

Le vendredi 14 février 2020, vers 3 heures du matin, alors que les villageois dormaient, une attaque a été lancée dans le village de Ngar 3 depuis Fiiru par une opération conjointe composée de six militaires, trois hommes armés appartenant aux ex-combattants des forces de restauration de l’Etat virtuel d’Ambazonie et de nombreux bergers.

L’opération a consisté, entre autres, à brûler et à tirer partout. Selon des témoins oculaires et des survivants, l’attaque était dirigée par l’ancien combattant qui a conduit un groupe armé ambazonien à Ngarbuh, le sieur Nfor Marcel appelé « Bullet ». Il a mis un terme à la guerre, il y a plus d’un an et a rejoint en ce moment le Comité National de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (CNDDR), créé par le décret n° 2018/719 du 30 novembre 2018.

L’attaque était sanglante, personne n’a été épargnée, certains villageois ont été brûlés vifs et ceux qui n’ont pas pu se trouver un abri ont été tués par balles comme le démontre les corps des victimes éparpillées dans la brousse. Les femmes enceintes et les enfants qui ont échappé aux coups de feu et aux coups de machettes, en s’abritant dans une maison, ont tous été brûlés vifs.
Certains survivants ont attesté que 13 maisons au total, concentrées sur des dizaines de mètres de rayon, ont été incendiées et que de nombreux villageois ont été brûlés vifs (beaucoup de corps sont d’ailleurs non identifiables). Plusieurs personnes sont portées disparues à la suite de ce raid.

Parmi les 35 corps découverts jusqu’à présent, trois (3) étaient ceux des femmes enceintes, et trois (3) des enfants appartenant à une famille d’environ personnes tuées. Parmi les victimes, neuf (9) hommes, sept (7) femmes et 14 enfants, dont trois de moins de trois ans. Plusieurs corps calcinés non identifiés.

Après le massacre, les villageois disent avoir reçu une alerte provenant selon eux du chef du village de Ntumbuw (Ngarbuh en est un quartier) qui relayait ainsi les menaces de certains soldats, leur disant qu’ils avaient trois jours (72h) pour quitter les lieux, sinon ils devaient s’attendre au pire.

Après le départ des militaires, certains villageois aidés par quelques pasteurs et des combattants ambazoniens, ont enterré les victimes le samedi 15 février 2020 dans de nombreux charniers.

Il est possible que le nombre de morts soit revu à la hausse, car beaucoup sont encore couchés dans des conditions critiques dans certains hôpitaux notamment à l’hôpital Baptiste de Banso (comme c’est le cas d’une femme enceinte, Mme Shuka Ngon, âgée de 30 ans, opérée immédiatement après son arrivée à l’hôpital après avoir été gravement torturée avec pour conséquence le décès du bébé qu’elle portait).

Des villageois continuent de rechercher certains membres de leur famille dont ils n’ont pas de nouvelles depuis l’attaque. Selon des témoignages, certains éléments de l’armée impliqués dans l’attaque sont retournés sur les lieux quelques heures après pour intimider et procéder à la saisie des téléphones portables des habitants dudit village. Cela a involontairement poussé de nombreux habitants à se réfugier dans les buissons et les villages voisins.

48 heures après le massacre, le 16 février à 11 h 29mn sur la page Facebook du programme de désarmement, démobilisation et réintégration, notamment le Comité national pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration (CNDDR) a mentionné que les «Amba veulent que leurs enfants meurent afin qu’ils pleurent pour le génocide et que, dans la mesure où les combattants ambazoniens continuer d’exister, tous les corps, y compris les enfants, continueront d’être ciblés ».

Sur cette même page on peut aussi lire “Tant que
les garçons Amba existent dans vos communautés, il y aura des victimes, et certains d’entre eux seront des enfants. C’est ce qu’on appelle des dommages collatéraux. AmbaFools (les indépendantistes anglophones) s’assoient à l’étranger et dit, nous devons casser des œufs pour faire une omelette “.

Environ 72 heures après le massacre, dans le communiqué de presse radio N°0104/CRP/MINDEF/019 du 17 février 2020, signé par le capitaine de Frégate ATONFACK GUEMO, chef de la Division de la communication, «Le
Ministre Délégué à la Présidence Chargé de la Défense dément formellement ces allégations mensongères, et précise, à la lumière des
informations méthodiquement et professionnellement recoupées qu’il
s’agit tout simplement d’un malheureux accident, conséquence collatérale des opérations de sécurisation en cours dans la Région
» et a conclu que le
meurtre de civils et la destruction de biens à Ngarbuh résultaient d’une confrontation militaire avec des séparatistes, car l’armée était en train de déloger une base des séparatistes.

 

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