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Cameroun : Crimes odieux en zone anglophone : Attention à la manipulation !

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Les réactions de la communauté internationale suite à l’assassinat horrible d’une jeune fille de 36 ans dans la localité de Muyuka (sud-ouest anglophone) relèvent plus de l’émotion que de la raison. La rédaction de www.hurinews.com, sur la base d’un faisceau d’informations et d’indices, a pris du recul pour analyser les contours de la montée ces derniers jours des crimes avec mutilation et autres décapitation dans le Southern Cameroons afin de permettre aux Etats-Unis, à la France, à l’Angleterre, aux ONG telles qu’Amnesty International, Human Right Watch…de ne pas tomber dans le piège de la manipulation.

Les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (originellement le Southern Cameroons) sont déjà depuis 4 ans en proie à l’horreur d’une guerre d’indépendance dont l’issue ne semble pas imminente. Mais depuis quelques semaines, la situation semble davantage s’être dégradée avec la montée exponentielle des crimes odieux perpétrés par des groupes de jeunes non identifiés et qui ont pour cible principale les jeunes filles. Le cas qui a le plus courroucé les gouvernements occidentaux, les ONG et la presse internationales c’est celui de Comfort Blanche Bih, une jeune fille de 36 ans, mère de 4 enfants et habitante de la localité de Muyuka (sud-ouest anglophone). La vidéo montrant cette dernière maltraitée par de jeunes gens furieux qui l’ont finalement égorgé a soulevé une vague d’indignation tant de l’opinion camerounaise qu’internationale. Mais aussi curieux que cela puisse paraître, des pays comme des Etats-Unis, l’Angleterre, tout comme des ONG telles que Human Right Watch avaient déjà une idée des coupables : les séparatistes armés. Sur la base d’une simple vidéo. Sans un début d’investigation. Sans avoir interrogé des témoins. Sans avoir cité le nom du groupe séparatiste qui a sévit. Incroyable pour des pays où la rigueur dans l’investigation est de mise !

Sans vouloir prendre fait et cause pour les indépendantistes anglophones, il est important de souligner cependant que la ligne éditoriale de votre journaliste en ligne www.hurinews.com est de se mettre du côté des opprimés, des sans voix, des faibles, des victimes de systèmes gouvernants arbitraires et du capitalisme sauvage. Le journal, fidèle à ses engagements dès sa création le 20 octobre 2014, a donc décidé de se mettre du côté du peuple anglophone privé de son indépendance (le droit d’un peuple de disposer de lui-même prévu dans la Charte des Nations Unies) depuis près de 60 ans alors qu’elle a été votée lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 19 avril 1961 et sa date fixée au 1er octobre 1961. Aussi, pour éviter de telles réactions à brûle-pourpoint de la communauté internationale, est-il important de cerner aussi bien les origines profondes de ce conflit que le contexte de cette recrudescence des crimes odieux attribués à tort ou à raison aux indépendantistes anglophones..

COMPRENDRE LE MOUVEMENT INDEPENDANTISTE ANGLOPHONE

Il est regrettable que chaque fois que le problème anglophone au Cameroun est abordé par la presse et les pays occidentaux, on ne parle que de marginalisation des Anglophones ou de la sous-représentativité de ces derniers dans les sphères de décision. Voici schématisé ce que les Anglophones ou si vous voulez les Southern Cameroonians revendiquent au gouvernement de Yaoundé : autant vous de la République du Cameroun (côté francophone) avez obtenu votre indépendance le 1er janvier 1960 à la faveur d’une résolution de l’ONU et même été admis comme membre des Nations Unies le 20 septembre 1960, autant nous aussi voulons jouir de notre droit de disposer de nous-même sur notre territoire conformément à la Charte des Nations Unies et au principe de l’intangibilité des frontières (la frontière qui sépare les deux Camerouns existe toujours). Alors laissez-nous avoir la possibilité de chanter notre hymne national, de hisser notre drapeau, d’avoir notre monnaie, notre diplomatie, notre police, notre armée, nos institutions démocratiques, nos lois, etc.

En effet, à l’issue d’une conférence pré-plébiscite qui s’est tenue à Mamfe (actuel sud-ouest) du 10 au 11 août 1959 et qui était présidé par un expert de l’ONU en la personne de Sir Phillipson Sydney, les délégations du Southern Cameroons avaient voté à 67% pour que deux seules questions leur soient posées lors du plébiscite d’autodétermination : voulez-vous rester intégré au Nigéria (le Southern Cameroons fut une partie de l’est du Nigéria) ou alors faire sécession du Nigéria pour un Etat indépendant ? Mais lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 16 octobre 1959, l’option de l’indépendance totale a été écartée sous le fallacieux prétexte que le Southern Cameroons n’était pas économiquement viable. Ce qui a suscité l’inquiétude y compris de certains fonctionnaires onusiens et pas des moindres. Secrétaire général de l’ONU de 1953 à 1961 (année de sa disparition suite à un crash d’avion), le suédois Dag Hammarkjold avait déclaré que « Uniting the Southern Cameroons to the Cameroon Republic is like forcing a balloon under the sea, one day it will come out » (Traduction : Unir le Southern Cameroons à la République du Cameroun c’est comme enfoncer un ballon dans la mer. Un jour, il remontera à la surface). Prémonitoire !

Pendant le martyr de la jeune Comfort à Muyuka

C’est dans ces circonstances que le Southern Cameroons a été obligé par les Nations Unies de choisir entre être indépendant en se rattachant à la République du Cameroun ou alors l’être en se joignant au Nigéria. Lors du plébiscite du 11 février 1961, le Southern Cameroons a choisi de se rattacher à la République du Cameroun en tant qu’Etat indépendant. Mais les gouvernements Ahidjo tout comme Biya ont toujours sur la base d’on ne sait quelle loi internationale considéré le Southern Cameroons comme une partie du territoire de la République du Cameroun. Conséquence, en lieu et place d’un traité de l’union tel que prescrit par la résolution 1608 du 21 avril 1961, la République du Cameroun a engagé un processus d’annexion du Southern Cameroons : abolition de la Common Law (système juridico-judiciaire anglo-saxon), du House of Parliament, du House of Chief, de la police, etc. La République du Cameroun a également détruit le fleuron économique du Southern Cameroons en fermant certaines entreprises, non sans, dès le 20 mai 1972 à la faveur d’un référendum sur l’Etat unitaire, détruit l’embryon de nation qui commençait à naître sur ce territoire en le divisant en région du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Tout ceci pour permettre à la France d’exploiter de manière opaque les ressources du sol et du sous-sol (dont le pétrole) de ce territoire infiniment riche. Les enjeux du conflit actuel y résident.

Les revendications indépendantistes qui ont démarré timidement dans le Cameroun anglophone dès 1985 ont atteint leur pic en octobre 2016 par des marches pacifiques, le lobbying à l’international et aujourd’hui, on en est à une résistance armée qui dure depuis décembre 2017 et qui intervient après la répression des manifestations commémoratives de l’indépendance du Southern Cameroons le 1er octobre 2017.

DE QUELS « SEPARATISTES ARMES » PARLE-T-ON ?

Dans sa propagande habituelle, le pouvoir de Yaoundé a souvent tendance à dépeindre les groupes armés indépendantistes anglophones comme des drogués, des voyous, des terroristes des criminels qui terrorisent la population locale. Que non ! Les Ambazonians Restorations Forces (ARF) sont les fils et filles des villages, des quartiers et des localités où ils combattent. Dit autrement, dans le Cameroun anglophone, chaque famille a au moins deux ou trois de ses fils au sein des  ARF. Ils sont comme des soldats de la communauté et sont eux-aussi victimes d’avoir perdu un père, une mère, un frère ou une sœur, tué par des soldats camerounais. Sous le commandement du Conseil national de la sécurité du gouvernement intérimaire dirigé depuis les Etats-Unis par Samuel Sako Ikome, les ARF ne disposent d’aucune base arrière au Nigéria voisin et ne bénéficient d’aucun soutien manifeste d’un pays occidental. Le mouvement indépendantiste compte donc beaucoup sur le soutien à l’international car seule l’Assemblée Générale des Nations Unies peut voter une résolution qui  rétablisse le Southern Cameroons dans son indépendance. Il est donc invraisemblable qu’ils commettent ouvertement des crimes et les rendent publics, au risque de se mettre à dos les pays occidentaux dont ils escomptent le soutien à leur cause. Les ARF sont soutenus par leurs frères et sœurs vivant dans la diaspora qui leur envoient de l’argent pour se nourrir et pour acheter armes et munitions.

Conscient de cette symbiose entre la population et les ARF, le pouvoir de Yaoundé a entrepris de former, armer et financer des faux combattants indépendantistes pour la commission des atrocités sur les populations, qui par la suite seront attribués aux indépendantistes armés. Pour ce faire, le régime a beaucoup investi dans la communication sur les réseaux sociaux. Aussi s’est-il attaché les services d’un activiste camerounais d’origine anglophone basé en Angleterre au nom de Nkonda Titus plus connu sous le pseudonyme Ma Kontri Pipo Dem (MKPD). Sur Twitter, il répond au nom @CarlosAgbor. C’est donc à lui que les milices criminelles créées par le pouvoir Biya envoient les photos ou vidéos des crimes avec décapitation, maltraitances et autres atrocités sur des civils comme sur des militaires. L’objectif de la diffusion de ces images est de dresser l’opinion internationale contre les indépendantistes anglophones, exposer leurs leaders basés à l’étranger à des poursuites judiciaires devant les juridictions internationales et faire classer le mouvement indépendantiste anglophone parmi les organisations terroristes.

Dans cette contre-révolution, le régime Biya s’est également offert les services du groupe armé Ambazonian Defence Forces (ADF) coiffé depuis la Norvège par Ayaba Cho Lucas. Ce dernier reçoit des financements de certains hommes d’affaires anglophones proches du pouvoir de Yaoundé pour acheter des armes et s’attaquer aux combattants indépendantistes loyaux à la lutte anglophone et y semer la confusion. A la manœuvre de ces milices criminelles se trouvent l’actuel ministre de l’Administration territoriale, agent secret et élite anglophone, Paul Atanga Nji, et colonel Joël Emile Bamkoui, le commandant de la Division de la Sécurité Militaire, en charge des opérations secrètes dans le cadre du conflit anglophone. Ce dernier fait livrer des armes et munitions à des faux groupes armés séparatistes qu’il a déversés dans les régions anglophones.

L’activiste et ex-soldat de la Marine anglaise Nkonda Titus alias Ma Kontri Pipo Dem et agent de propagande du régime Biya dans le cadre du conflit anglophone

POURQUOI CETTE MONTEE DES SCENES CRIMINELLES MAINTENANT ?

Une jeune fille au prénom de Trésor assassinée le 3 août dernier puis décapitée pas très loin de Bamenda (capitale du nord-ouest). Un homme âgé de la quarantaine égorgé quelques jours plus tard à Ndop (nord-ouest). Un travailleur humanitaire enlevé puis tué le 10 août dernier à Batibo (nord-ouest) et tout récemment encore, la décapitation de la jeune Comfort à Muyuka (sud-ouest). Tous ces crimes interviennent quelques jours après que les Etats-Unis, par la voix du sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Nagy, aient fin juillet dernier, rejeté le plan gouvernemental de reconstruction des régions anglophones et invité le gouvernement camerounais à la table de négociations avec les indépendantistes anglophones, sous la médiation suisse. Ce à quoi le pouvoir Biya s’est toujours opposé, arguant de ce qu’il s’agit d’une affaire interne au Cameroun. Pour contourner ces négociations et à l’approche de l’Assemblée Générale des Nations Unies, le régime Biya commandite des crimes par ses « séparatistes armés », lesquels sont filmés et envoyés à l’activiste Nkonda Titus pour des besoins de propagande sur les réseaux sociaux. C’est ce que le sociologue russe Serges Tchakotine appelait le « viol des foules par la propagande politique ».

 

CE QU’IL FAUT SAVOIR SUR LE CRIME « SEPARATISTE » DE MUYUKA

De ce qui précède, il ressort que le crime perpétré sur une jeune fille à Muyuka, et que des ONG et médias internationaux se sont empressés d’attribuer aux séparatistes armés, a tout l’air d’un crime commandité depuis le sommet de l’Etat du Cameroun pour dresser l’opinion internationale contre les ARF. Fort du soutien qu’ils recherchent de la communauté internationale, les ARF ne peuvent vraisemblablement pas avoir commis ce crime. Des informations en notre possession font état de ce que la décapitation de cette jeune fille a eu lieu à quelques mètres d’un campement militaire à Muyuka. Ç’aurait été des séparatistes qu’il y aurait sans doute eu une confrontation armée. Hurinews.com a également appris que des pensionnaires du centre de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) de Buea font partie des exécuteurs de la jeune Comfort. Parmi lesquels Naseri Clovis et Kawa Yannick Kawa, deux prétendus ex-combattants. Hurinews.com a également appris que l’inhumation de la jeune décapitée de Muyuka s’est faite samedi 15 août dernier sous des honneurs militaires et que le gouverneur du Sud-Ouest, Bernard Okalia Bilaï, a payé une visite à la famille de la victime avec une forte somme d’argent. Après le forfait commis probablement entre le 9 et le 11 août (date de la mise en circulation de la vidéo sur la toile), Naseri Clovis et Kawa Yannick Kawa ont rejoint l’activiste Nkonda Titus dans un hôtel à Yaoundé. Sans doute par hélicoptère militaire au regard des menaces potentielles sur leur sécurité. Les enjeux géopolitiques et même géostratégiques sont tellement énormes que le pouvoir de Yaoundé est capable de faire l’inimaginable pour préserver cette unité forcée entre la République du Cameroun et le Southern Cameroons qui dure depuis le 20 mai 1972.

Michel Biem Tong

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