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Cameroun : Crise anglophone : Ce qu’Amnesty International doit savoir au sujet des groupes armés séparatistes

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L’ONG internationale a rendu public ce 8 avril 2020 son rapport 2019 sur l’état des droits de l’homme dans le monde. S’agissant du Cameroun, Amnesty International a accusé l’armée tout comme les groupes armés séparatistes dans le Cameroun anglophone de violations graves des droits humains. Seulement, depuis l’infiltration de la résistance armée anglophone par le régime de Paul Biya, il est difficile de dire avec exactitude qui des groupes armés loyaux à la lutte d’indépendance des anglophones ou de ceux infiltrés par le pouvoir de Yaoundé commettent ces atrocités.

« Des groupes armés séparatistes ont continué à tuer des membres des forces de sécurité et à commettre des exactions visant la population. Ils ont perpétré des homicides illégaux, souvent accompagnés de mutilations. Ils ont pris pour cible des fonctionnaires, de simples citoyen·ne·s n’ayant pas respecté les consignes de mise en œuvre d’opérations « ville morte » ou de fermeture des écoles, et des proches d’agents des forces de défense ou de sécurité. Une vidéo diffusée en septembre sur les réseaux sociaux a montré des hommes encagoulés décapitant une surveillante de la prison centrale de Bamenda. Des groupes armés se sont également rendus coupables de nombreux enlèvements d’étudiant·e·s, de journalistes et de travailleurs et travailleuses humanitaires.

En février, le président de l’Association camerounaise des journalistes anglophones a été enlevé par des combattants séparatistes dans la ville de Bamenda après avoir critiqué le fait qu’ils aient appelé les familles à ne pas envoyer leurs enfants à l’école. En septembre, une station de radio locale de Buéa (région du Sud-Ouest) a été attaquée et l’animatrice Mary Namondo a été enlevée. En octobre, dans la commune de Tubah, des groupes armés ont également enlevé 10 personnes travaillant pour deux partenaires opérationnels de l’ONU, qu’ils ont relâchées par la suite », peut-on lire dans le rapport 2019 de l’ONG internationale Amnesty International publié ce 8 avril 2020.

Certes, les groupes armés séparatistes encore appelés Ambazonians Restorations Forces, qui contrôlent une importante partie des régions du nord-ouest et du sud-ouest (le British Southern Cameroons), sont souvent accusés de pas mal d’atrocités, notamment l’enlèvement en septembre dernier à Buea de l’animatrice radio Mary Namondo qui a été relâchée par la suite. Ne perdons cependant pas de vue le pouvoir de Yaoundé entretient lui-aussi des bandes armées dans cette zone qui kidnappent contre rançons, qui assassinent civils comme militaires, les décapitent, prennent des vidéos et répandent sur la toile. Ces crimes sont attribués par la propagande officielle aux séparatistes armés dans le but de dresser la communauté internationale contre ces derniers qui, pourtant, sont soutenus par la diaspora anglophone et la population locale.

Le ministre Atanga Nji, parrain de groupes armés

En effet, l’actuel ministre camerounais de l’Intérieur, Paul Atanga Nji, d’origine anglophone et ancien agent des services secrets, est le parrain de groupes armés « séparatistes » dont l’objectif est de donner aux vrais séparatistes armés, une image négative aux yeux l’opinion internationale. Au cours de l’émission La Vérité en Face diffusée en juillet 2019 par la chaîne de télévision privée Equinoxe Télévision, le magistrat et homme politique Paul Ayah Abine, anglophone originaire de Mamfe (sud-ouest), a déclaré que le ministre Paul Atanga Nji entretient des bandes armées en zone anglophone qui commettent des atrocités au nom des groupes séparatistes.

Le ministre Paul Atanga Nji

L’ombre d’Atanga Nji plane derrière l’assassinat avec décapitation de la gardienne de prison Florence Ayafor. En effet, c’est un certain Nkonda Titus, cyber-activiste pro-Biya connu sous le sobriquet Ma Kontri Pipo Dem, qui, le premier, a diffusé sur son site d’informations kontripipo.com les vidéos de l’assassinat de Florence Ayafor.  C’était le 30 septembre 2019, quelques heures seulement après la commission de ce crime odieux. C’est le même Nkonda Titus qui, sur sa page Facebook « Ma Kontri Pipo Dem », a diffusé l’information avec tous les détails sur la victime.

Dans un article consacré à cette affaire, votre journal hurinews.com a tiré la conclusion selon laquelle si Nkonda Titus, activiste proche du pouvoir et opposé aux séparatistes, a été le premier à diffuser l’information relative à l’assassinat de Florence Ayafor, c’est qu’il n’y a qu’un groupe armé proche du pouvoir qui peut avoir commis ce crime et lui a envoyé les images ainsi que des informations pour publication afin de choquer l’opinion internationale et dresser cette dernière contre les séparatistes armés. De sources bien informée, Nkonda Titus, soldat de la Marine anglaise basé à Londres et anglophone originaire de Widikum, dans le nord-ouest anglophone, séjourne très souvent au Cameroun à l’invitation du ministre de l’Intérieur, Paul Atanga Nji.

Le colonel Emile Bamkoui, patron de la SEMIL, recevant ses galons de colonel du ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo

La SEMIL de l’assassin Emile Bamkoui arme des faux groupes séparatistes

Même des militaires camerounais ont très souvent l’habitude de se muer en groupes armés qui kidnappent et exigent des rançons. 5 soldats du Bataillon d’intervention rapide (BIR), une unité spéciale de l’armée camerounaise, ont été interpellés début janvier dernier à Buea (sud-ouest). Suspectés d’être des séparatistes authentiques, des enquêtes préliminaires de la police ont permis de découvrir qu’il s’agissait en réalité de soldats camerounais. Même la Division de la Sécurité Militaire (SEMIL) du ministère de la Défense, un organe en charge du renseignement militaire et du contre-espionnage, entretient lui aussi des groupes armés prétendument séparatistes en zone anglophone. Lorsque l’auteur de ces lignes était auditionné à la SEMIL le 23 octobre 2018, il lui a été révélé par un agent de ce service qu’un plan de division de la résistance anglophone a été mise sur pied.

La création des faux groupes armés séparatistes fait donc partie de ce plan de division. Le commandant de la SEMIL, le colonel Joël Emile Bamkoui, réputé gâchette facile du régime Biya, a été en juin 2018, accusé par une note des services secrets camerounais d’être à la tête d’un vaste réseau d’approvisionnement des groupes séparatistes en armes et en munitions au sein des forces de défense camerounaises. Il s’agit bien entendu des groupes séparatistes sponsorisés par le régime Biya et dont la mission est de s’attaquer aux autres groupes armés loyaux à la lutte, à commettre des atrocités sur la population afin que le tort soit jeté sur les séparatistes armés authentiques. Voilà pourquoi le colonel Bamkoui n’a subi aucune sanction car cette opération de livraison des armes et munitions aux faux « Amba Boys » est couverte par le sommet de l’Etat du Cameroun.

Et si l’Ambazonian Defence Forces (ADF), dirigée par le leader séparatiste Ayaba Cho Lucas, faisaient partie de ces groupes armés prétendument séparatistes ? Fin 2018, une capture d’écran a été envoyée à l’auteur de ces lignes par une source proche des milieux de la résistance anglophone. Elle portait sur un échange entre Ayabo Cho et un de ses « généraux » auquel il demandait de s’attaquer aux groupes séparatistes qui refusent de se mettre sous son contrôle. Sur la capture d’écran, Ayaba Cho demande combien il reste de l’argent qu’un des managers de l’homme d’affaires anglophone, Victor Mukete, leur a remis. De quoi laisser penser que des élites anglophones proches du pouvoir de Yaoundé financent certains groupes armés aux fins de contre-révolution. Autant tout ce qui brille n’est pas or, autant en zone anglophone, tout groupe de jeunes en civil qui porte les armes n’est pas forcément loyal à la cause séparatiste.

Michel Biem Tong

 

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