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Cameroun : Crise anglophone : Comités de vigilance où milices gouvernementales ?

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D’après les autorités locales en service dans le Cameroun anglophone, la recrudescence des kidnappings contre rançons est à l’origine de la création des comités de vigilance. Mais de sources locales et d’après certains fins connaisseurs du Southern Cameroons, ces comités de vigilance sont en réalité des milices qui terrorisent la population en se présentant comme des forces indépendantistes anglophones en vue de dresser la presse et l’opinion internationales contre ces dernières. Des soldats de l’armée camerounaise sont également engagés au sein de ces comités de vigilance.

Ce qui n’était jusque-là top secret devient de plus en plus un secret de polichinelle. Pour aider l’armée à faire face  aux forces séparatistes anglophones, le pouvoir de Yaoundé entretient plusieurs comités de vigilance à travers le Southern Cameroons. D’après une source anonyme proche du pouvoir de Yaoundé, il en existe une trentaine  qui sont financés et équipés par le gouvernement camerounais : « C’est la recrudescence des kidnappings contre rançons qui a favorisé la création de ces comités de vigilance », a expliqué à l’agence de presse Xinhua Benoît Emvoutou Mbita, le préfet du Ngoketunja (nord-ouest), le 15 octobre dernier.

A Misaje, dans le Donga Mantung (nord-ouest anglophone), le gouverneur du Nord-Ouest, Adolphe Lele Lafrique, a procédé le 17 octobre dernier à la distribution du matériel militaire, des motocyclettes et des torches aux comités de vigilance de la localité. Dans une correspondance adressée le 17 septembre dernier au gouverneur Lele Lafrique, le ministre de l’Intérieur, Paul Atanga Nji, a prescrit l’encouragement des actions des comités de vigilance. A Mundemba, dans le Ndian, des sources locales font état du recrutement par les autorités administratives de mercenaires nigérians appelés « Bayelsa Boys »

Mais aucune information ne filtre sur les missions véritables de ces comités de vigilance encore moins sur les résultats engrangés sur le terrain. Leur mission serait-elle secrète ? Pourtant, lors de la guerre contre la secte islamiste Boko Haram à l’Extrême-Nord, les médias publics dont la Cameroon radio and television (CRTV) et Cameroon Tribune ont assez communiqué sur le travail des comités de vigilance ainsi que sur leurs résultats satisfaisants. Pourquoi ce mystère autour des activités des comités de vigilance  dans le Cameroun anglophone ? Quelle idée que de créer des comités de vigilance pour combattre des forces indépendantistes qui bénéficient du soutien matériel, financier et moral des populations anglophones du terroir comme de la diaspora ?

Des jeunes filles infiltrées au sein des forces indépendantistes par le pouvoir de Yaoundé

Atanga Nji, parrain des « comités de vigilance »

Il s’agit en effet non pas de comités de vigilances mais de milices gouvernementales dont l’objectif est de terroriser les populations locales en vue peindre les forces indépendantistes anglophones aux yeux de l’opinion et de la presse internationales comme des groupuscules criminels et terroristes : «  la plupart des membres de ces groupes de vigilance sont des anciens prisonniers, des criminels de grand chemin et des petits voleurs, qui terrorisent la population en se faisant passer pour des ‘Amba Boys’(forces indépendantistes anglophones, ndlr) », analyse Steve Dufe, ancien journaliste de la CRTV aujourd’hui basé au Canada.

L’actuel ministre de l’Administration territoriale, Atanga Nji, est accusé d’être le parrain de ces comités de vigilance. A Mendakwe, non loin de Bamenda (nord-ouest), un certain Nkwenti alias « Scorpion », chef d’une de ces milices et proche d’Atanga Nji, a été neutralisé par une escouade des forces indépendantistes anglophones le 17 octobre dernier. La milice de Nkwenti semait la terreur à Mendakwe en tuant, détruisant les maisons et les échoppes des populations locales afin de les empêcher d’observer les villes-mortes chaque lundi comme décrété par le gouvernement indépendantiste en exil.

Même les soldats camerounais se mettent en civil pour constituer ces « groupes de vigilance ». Le 14 juin 2018, un certain Kenneth, mécanicien exerçant à Bamenda, a été tué après avoir reconnu un de ses ravisseurs qui le prenait en otage comme un gendarme se passant pour un séparatiste armé. Plusieurs sources locales font état de ce que des militaires camerounais procèdent à des kidnappings contre rançons qu’ils encaissent en envoyant des numéros de compte mobile aux familles des victimes.

Atanga Paul Nji, parrain des “comités de vigilance”

Florence Ayafor assassinée par ces « comités de vigilance »

Lorsque l’auteur de ces lignes était auditionné à la Division de la sécuritaire militaire le 23 octobre 2018, un agent de cet organe du ministère de la Défense en charge de la discipline et du renseignement militaire lui a confié qu’une stratégie a été mise en place pour diviser les forces indépendantistes anglophones. La création de ces milices y participe sans doute. Ce sont ces milices qui ont creusé un énorme trou à l’aide d’une pelleteuse à l’entrée de Bamenda et détruit les bus de l’agence Amour Mezam dans la nuit du 8 au 9 septembre 2018. Ce sont elles qui ont kidnappé 90 élèves d’une école à Bamenda début novembre 2018. Ce sont ces milices qui ont décapité un enseignant à Bamenda en mai dernier, mis en scène l’enterrement d’une jeune fille à Guzang le 16 septembre dernier. Ce sont ces mêmes milices qui ont assassiné, mutilé et décapité la gardienne de prison Florence Ayafor le 29 septembre dernier.

L’objectif de la création de ces milices par le régime de Paul Biya n’est pas de combattre les séparatistes. Loin de là. Car il est inimaginable que ces « comités de vigilance » réussissent là où l’armée a quasiment échoué. Le pouvoir de Yaoundé veut simplement gagner la bataille de l’opinion nationale internationale en commanditant des actes de terrorisme de manière à ce que le commun des Camerounais, les gouvernements des pays occidentaux, les médias et ONG internationaux considèrent les groupes armés séparatistes comme un ramassis d’assassins, de bandits et de terroristes avec qui aucun dialogue n’est possible et qui ne sont pas les libérateurs du peuple anglophone qu’ils prétendent être.

Rappelons qu’au cours d’une réunion secrète des élites anglophones du nord-ouest tenue le 26 juillet dernier à Yaoundé au domicile de l’ancien ministre Philémon Yang, Paul Atanga Nji avait déclaré que les kidnappings contre rançons constituent la meilleure stratégie pour dresser la communauté internationale contre les séparatistes armés. Il est urgent que la communauté internationale sache que le pouvoir de Yaoundé veut sous-traiter le massacre du peuple anglophone avec des groupuscules terroristes que par abus de langage il qualifie de « comités de vigilance ». Il est temps qu’elle ouvre les yeux avant qu’il ne soit trop tard.

Michel Biem Tong

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