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Cameroun : Crise anglophone : Comment les milices du pouvoir de Yaoundé ont décapité une gardienne de prison à Pinying

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D’après des investigations menées par votre journal en ligne www.hurinews.com, ce sont les milices proches d’Atanga Nji, l’actuel ministre de l’Administration territoriale et élite anglophone qui ont violé, assassiné, décapité puis mutilé Florence Ayafor, une gardienne de prison en service à Bamenda, au nord-ouest anglophone. La vidéo virale montrant cette scène horrible a été publiée en premier par un activiste proche du ministre. L’un des assassins est le fils du chef du village Menka, non loin de là où le crime a été commis.

La scène est tout simplement horrible. Une jeune femme nue, trimballée à des centaines de mètres par des jeunes gens, découpée à l’aide d’une machette au niveau de ses parties génitales puis décapitée par ses bourreaux. De quoi glacer du sang. Elle s’appelait Florence Ayafor, gardienne de prison en service à la prison centrale de Bamenda, capitale du nord-ouest anglophone. Alors qu’elle revenait des obsèques d’un proche à Pinying, un village situé dans l’arrondissement de Santa (nord-ouest), elle a été victime d’un assassinat d’une rare cruauté. La vidéo qui fait le tour des réseaux sociaux suscite en ce moment émoi et consternation.

Qui a pu déployer autant de cruauté sur cette pauvre femme qui ne demandait qu’à rejoindre son lieu de service ? Aucune déclaration officielle n’a été faite jusqu’ici par le gouvernement camerounais. Du côté des indépendantistes anglophones, aucun communiqué sur le sujet. Mais sur les réseaux sociaux, des voix ont commencé à s’élever pour accuser les groupes armés séparatistes d’avoir commis un crime aussi crapuleux. Pourtant, tout porte à croire qu’il s’agit d’un crime d’Etat bien organisé dans le but de donner aux séparatistes armés une image de groupe terroriste à la communauté internationale.

Sans prendre fait et cause pour le mouvement indépendantiste anglophone, il est impossible que ce soit les forces séparatistes anglophones qui aient commis ce crime. En effet, ces dernières sont en parfaite harmonie avec les populations locales et  vivent des contributions collectées chaque mois par leurs frères et sœurs vivant dans la diaspora. Si l’on admet que ce soit les séparatistes qui ait perpétré ce coup, il est inimaginable qu’ils puissent filmer et surtout publier la vidéo au regard de la levée de boucliers qu’elle pourrait susciter au sein de la population locale qui les soutient et de l’opinion internationale qui pourrait envisager des poursuites judiciaires contre eux pour crimes contre l’humanité.

La victime, Ayafor Florence

 

« Ma Kontri Pipo Dem », premier suspect

Autre fait qui exclut l’hypothèse de l’assassinat par les groupes armés séparatistes, d’après des sources dignes de foi, Florence Ayafor fournissait pas mal de renseignements aux indépendantistes anglophones et se montrait très attentionnée vis-à-vis des prisonniers de la crise anglophone détenu à la prison centrale de Bamenda. Il est donc impossible que les séparatistes aient tué et surtout d’une manière aussi barbare cette femme qui leur était proche. Alors qui a tué Florence Ayafor ?

Les premiers soupçons vont vers un certain Nkonda Titus, soldat de la Marine anglaise originaire du nord-ouest anglophone basé à Londres en Angleterre et activiste opposé à la lutte de ses frères anglophones pour la restauration du British Southern Cameroons. Sur ses plates-formes Facebook, YouTube, Twitter, il se fait appeler « Ma Kontri Pipo Dem » (mes chers compatriotes en langue pidgin english). Il représente le maillon fort de la stratégie contre-révolutionnaire mise en place par le pouvoir de Yaoundé pour gagner la bataille de l’opinion dans le cadre du conflit en zone anglophone.

Pourquoi Ma Kontri Pipo Dem devrait répondre de l’assassinat de cette jeune femme ? Très simple. C’est parce qu’il détient l’exclusivité de la détention et de la diffusion de la vidéo de son assassinat. Comment lui, opposé aux séparatistes anglophones, parvient à obtenir une vidéo montrant des atrocités à eux attribuées ? Comment parvient-il à obtenir ce que même dans les milieux indépendantistes, l’on n’a pas rendu public ? De sources bien renseignées, Nkonda Titus est en effet à la tête d’une milice dénommée Anti-Amba Squad (AAS). Les actions de ce gang sont purement contre-révolutionnaires. Elles vont des assassinats, aux tortures, en passant par les kidnappings contre rançons, tout ceci dans le but de faire passer aux yeux de l’opinion internationale les séparatistes armés pour des groupes terroristes dangereux pour la population locale.

Nkonda Titus aka Ma Kontri Pipo Dem, militaire dans la Marine Anglaise et originaire du Cameroun anglophone. Il est l’un des commanditaires de ce crime

C’est donc les AAS qui ont assassiné Florence Ayafor. L’idée en filmant puis en publiant la mutilation de son corps et sa décapitation était de faire croire à l’opinion internationale que les séparatistes sont plus préoccupés à terroriser les populations qu’à accepter de venir dialoguer à l’invitation du gouvernement. Rappelons que la vidéo a été publiée pendant la tenue du grand dialogue national sur la crise anglophone entre le 30 septembre et le 4 octobre à Yaoundé.

Autre indice qui prouve que le pouvoir de Yaoundé est mêlé à ce crime odieux, parmi les assassins de la dame se trouve un certain Asobo Roger. Ce dernier, d’après des sources locales, est le fils d’Assobo Pius Nguh, chef traditionnel de Menka, village voisin de Pinying, le lieu du crime. Quand la vidéo est diffusée sur les réseaux sociaux, Asobo a pu être remarqué par un internaute. Lorsque Ma Kontri Pipo Dem s’en rend compte, il décide comme dans une mafia de le jeter à la vindicte populaire histoire de brouiller les pistes conduisant vers son implication et celle du gouvernement dans cet assassinat car les chefs traditionnels au Cameroun sont les auxiliaires de l’administration.

Paul Atanga Nji à l’ombre

Aux dernières nouvelles, le gang de Ma Kontri Pipo Dem aurait exigé son enfant en sacrifice. Le sacrifice de ce fils de chef vise à effacer tout lien de l’assassinat de la dame avec l’administration, le monarque de Menka étant proche du pouvoir de Yaoundé. Surtout qu’il a pris part au dialogue national à Yaoundé à l’invitation du gouvernement. Pour ce faire, Ma Kontri Pipo Dem a pris le soin de le présenter dans ses plates-formes de propagande anti-ambazonienne comme étant membre des Ambazonians Defence Forces. C’est à se demander depuis quand le gouvernement adresse des invitations à prendre part au dialogue national à des parents de combattants séparatistes. Curieux tout de même.

L’actuel ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji

Un autre dont l’ombre plane sur ce crime crapuleux, c’est Paul Atanga Nji, agent des renseignements, actuel ministre de l’Intérieur et élite anglophone de l’arrondissement de Santa dont dépend le village Pinying. Atanga Nji est accusé par les populations locales d’être le parrain d’un gang de voyous qui sèment la terreur dans les villages en se faisant passer pour des séparatistes armés.  Dans une correspondance adressée le 17 septembre dernier au gouverneur de la région du Nord-Ouest, au lendemain de la mise en scène par le gang de Ma Kontri Pipo Dem de l’enterrement d’une jeune fille vivante dans la localité de Guzang, Atanga Nji a invité le gouverneur à encourager les actions des « comités de vigilance ».

De quels comités de vigilance parle Atanga Nji dans un conflit où les populations apportent leur soutien aux groupes armés constitués en groupes d’auto-défense ? Qui sont ces membres du comité de vigilance qu’on a jamais vu et au profit de qui se battent-ils dès lors que la population affiche son soutien aux groupes armés ? En parlant de comités de vigilance, Atanga Nji fait allusion au AAS. C’est cette lettre qui a permis d’établir la connexion entre Atanga Nji et Ma Kontri Pipo Dem car lorsque ce dernier rend public la vidéo de la fille prétendument enterrée vivante à Guzang (elle est apparue lors du dialogue national parmi les ex-combattants) par de présumés séparatistes le 16 septembre, le 17 septembre, Atanga Nji écrit au gouverneur Lele Lafrique pour lui demander de collaborer avec les « comités de vigilance » qui en réalité représentent sa milice. Nul doute que l’ombre d’Atanga Nji plane sur l’assassinat de Florence Ayafor.

Rappelons que le 25 mai 2018, près de 30 jeunes gens sont exécutés par le régime de Yaoundé dans la localité de Menka. Avant cet assassinat, c’est toujours le chef traditionnel de Menka, Fon Asobo Pius Nguh, qui les a réuni dans un motel du village, leur a donné à manger et à boire avant qu’ils ne soient brutalement assassinés. Il s’agissait des jeunes gens recrutés et payé par l’élite locale dont Paul Atanga Nji pour kidnapper contre rançons en se faisant passer pour des séparatistes armés. Mais c’est parce qu’ils ont commencé à terroriser la population qu’ils ont été sacrifiés.

Michel Biem Tong

 

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