Accueil»Dernières Infos»Cameroun : Crise anglophone : ONU, au secours !

Cameroun : Crise anglophone : ONU, au secours !

2
Partages
Pinterest Google+

Pour n’avoir pas veillé à ce que la résolution 1608 d’avril 1961 soit appliquée et en ce moment où la crise anglophone a pris la tournure d’une révolte armée, il est plus qu’urgent que l’ONU intervienne afin d’inviter la République du Cameroun à respecter ses engagements.

Osons le dire. L’Organisation des Nations Unies est la seule qui peut mettre fin à la crise anglophone au Cameroun. Cette institution sous la tutelle de laquelle se trouvait l’actuelle région anglophone (Southern Cameroon à l’époque) a failli à son devoir : celui de protéger la Charte des Nations Unies et de veiller à la mise en application de la résolution 1608 adoptée le 21 avril 1961 qui accordait l’indépendance au Southern Cameroon.

En effet, lors du plébiscite du 11 et 12 février 1961, le Northern Cameroun (la partie nord du Cameroun sous tutelle de l’ONU assurée par l’Angleterre) a choisi de se rattacher au Nigéria tandis que le Southern Cameroon (la partie sud du Cameroun sous tutelle de l’ONU assurée par l’Angleterre) a opté pour se rattacher à la République du Cameroun, l’ex-Cameroun oriental sous mandat français.

Le vote de la résolution 1608 lors de 992e Assemblée Générale des Nations Unies qui s’est tenue le 19 avril 1961 s’est fait en 3 étapes : -la fin des accords de tutelle entre l’ONU et l’Angleterre du 13 décembre 1946 –l’indépendance et sa date- la signature d’un accord en vue d’une union fédéraliste entre la République du Cameroun et le Southern Cameroon.

Le Cameroun vote contre la Réunification

50 Etats membres ont voté pour cette résolution contre 23 contre dont le Cameroun. C’est la preuve que la République du Cameroun était contre l’indépendance du Southern Cameroon par le rattachement avec elle. De quelle Réunification ou unification peut donc se prévaloir le pouvoir de Yaoundé aujourd’hui alors qu’il n’a jamais voulu du rattachement avec le Southern Cameroon ?

Une vue de la salle de l’Assemblée Générale des Nations Unies

Le point 5 de cette résolution 1608 des Nations Unies prescrit que des pourparlers soient engagés de toute urgence entre le gouvernement de la République du Cameroun, le gouvernement du Southern Cameroon et l’Autorité administrante (Angleterre) en vue d’une entente sur des politiques concertées. Autrement dit, sous l’égide des Nations Unies et de l’Angleterre, le Southern Cameroon et la République du Cameroun devrait signer un accord en vue de la création d’un Etat fédéral avec des pouvoirs égaux entre Etats fédérés.

Hold-up constitutionnel d’Ahidjo

Ce qui implique que l’accord en question soit ratifié par les parlements des deux territoires avant d’être déposé au secrétariat des Nations Unies tel que prévu par l’article 102 de la Charte des Nations Unies après leur promulgation par Amadou Ahidjo, président de la République du Cameroun et John Ngu Foncha, Premier Ministre du Southern Cameroon.

Mais lors de la conférence constitutionnelle de Foumban du 17 juillet au 21 juillet 1961, Amadou Ahidjo a imposé à la délégation du Southern Cameroon un projet de constitution faussement fédérale qui accordait de larges pouvoirs à l’Etat central. Aucun accord n’a été signé entre les deux Camerouns.

En mai 1972, Ahidjo a organisé un référendum pour le passage vers un Etat unitaire en violation de l’article 47 (1) la constitution fédérale du 1er septembre 1961 qui interdisait la modification de la forme fédéraliste de l’Etat. Ce passage en force d’Amadou Ahidjo est un aveu d’impuissance de l’ONU.

L’instance internationale n’a pas rappelé à la République du Cameroun (admis à l’ONU comme membre le 20 septembre 1960) son obligation de respecter les termes de la résolution 1608 des Nations Unies quoiqu’elle ait voté contre (création d’un Etat véritablement fédéral, signature d’un accord avec le Southern Cameroon, etc.).

Le jeu trouble de l’ONU

Emeutes à Bamenda (nord-ouest anglophone) en novembre 2016

L’ONU n’a joué franc-jeu dans cette affaire. Quelle idée que de soumettre le Cameroun sous domination anglaise à un référendum ? quelle idée que soumettre un territoire sous sa tutelle à une indépendance conditionnée, une indépendance « en se joignant à » ? Pourquoi l’ONU a refusé l’indépendance totale au Southern Cameroon alors qu’il s’agissait des aspirations du peuple formulées auprès de l’ONU par les leaders du Southern Cameroon ?

Pourtant, selon l’article 76 (b) de la Charte des Nations Unies, le régime de tutelle a pour but de « …favoriser également leur évolution progressive (celle des territoires sous tutelle) vers la capacité à s’administrer eux-mêmes ou l’indépendance… ». Nulle part il n’est prévu dans cette charte une indépendance par la jonction à un autre territoire, pas plus que l’ONU ne donne des précisions sur les « conditions particulières » du territoire dont l’indépendance doit tenir compte.  

La résolution 1608 de l’ONU ayant été violée par la République du Cameroun, le Southern Cameroon (qui englobe les deux régions anglophones du pays) peut  légitimement se considérer comme un territoire sous tutelle de l’ONU assuré cette fois non plus par l’Angleterre mais par la République du Cameroun.

Il est plus que temps qu’en ce moment où la région anglophone est en ébullition et livrée aux bandes armées, l’ONU prenne ses responsabilités en invitant la République du Cameroun à se plier à la résolution 1608 du 21 avril 1961. A moins que le Southern Cameroon ait été confié par l’Angleterre à la France qui, via la République du Cameroun, en assure l’annexion.

Michel Biem Tong

 

 

Commentaires

commentaires

Article précédent

Cameroun : Elections de 2018 : Une réunion interdite à Yaoundé

Article suivant

Cameroun : Droits culturels : Une plate-forme virtuelle pour vendre la culture camerounaise