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Cameroun : Crise anglophone : Un dialogue national programmé pour échouer

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Des séparatistes de la diaspora invités au dialogue national à Yaoundé alors qu’ils sont sous le coup d’un mandat d’arrêt international et ont des affaires pendantes devant le Tribunal militaire de Yaoundé. Des prisonniers libérés pour grossir les effectifs des centres de désarmement de démobilisation et de réinsertion en vue d’en faire des ex-combattants et les faire participer aux travaux. La jeune fille prétendument enterrée vivante il y a quelques jours à Guzang présente à la cérémonie d’ouverture du dialogue national. De l’argent proposé à des groupes armés séparatistes pour participer au dialogue. Les délégations conviées sont pour leurs grandes majorités issues du parti au pouvoir.

Heureux ceux qui croient qu’il sortira quelque chose de fructueux de ce dialogue national convoqué par Paul Biya le 10 septembre dernier dans son message à la Nation. Dans son homélie ce dimanche 29 septembre 2019 au Vatican, le pape François a souhaité plein succès à ce grand dialogue national qui s’ouvre ce 30 septembre 2019 à Yaoundé et émis le vœu que ce dialogue puisse ramener la paix dans le Cameroun anglophone. Normal. Nous sommes dans le monde de la foi. Sauf que les bases de dialogue étant fausses, il n’en résultera rien qui puisse apaiser les cœurs meurtries de nos frères et sœurs du Southern Cameroons qui sont réprimés par le pouvoir de Yaoundé juste parce qu’ils crient liberté et justice.

D’abord, il y a lieu de faire remarquer que pendant que le pouvoir de Yaoundé invite les groupes armés séparatistes au dialogue, il continue à leur faire la guerre sur le terrain. A Muyuka, un général de groupe séparatiste au nom d’Obi est tombé ce dimanche 29 septembre sous les balles de l’armée camerounaise alors qu’il était en plein sommeil. De sources locales, un combattant qui a répondu à l’appel à déposer les armes et se rendait au centre de désarmement et de démobilisation à Buea a été arrêté par des soldats camerounais et torturé ce 29 septembre. D’autres sources locales soutiennent que ce combattant a finalement été tué. Alors qu’est ce qui peut nous faire croire que d’autres combattants qui auraient accepté la main tendue du pouvoir de Yaoundé pour prendre part à ce dialogue n’allaient pas subir le même sort ?

Les milices gouvernementales sèment la terreur

Pendant que Biya et son régime crient « dialogue », l’armée et les milices gouvernementales continuent de massacrer des civils, de brûler des maisons au Cameroun anglophone. Nous apprenons de sources locales que 4 civils ont été massacrés à Kumbo (nord-ouest anglophone) par des soldats camerounais ce lundi 30 septembre, jour d’ouverture du grand dialogue national, au cours d’une incursion de l’armée camerounaise dans cette localité. A Bamendakwe (nord-ouest), ce sont les milices proches de l’actuel ministre de l’Intérieur et élite anglophone, Paul Atanga Nji, qui sèment la terreur parmi les populations, les menaçant de représailles au cas où ils observaient le mot d’ordre de ghost town (villes-mortes).

photo de famille lors de l’ouverture du Dialogue National à Yaoundé

Pour tromper l’opinion internationale et donner l’impression à cette dernière que ce dialogue national se veut inclusif malgré le refus de discuter de la forme de l’Etat qui est au cœur de cette crise, le pouvoir de Yaoundé a procédé par ce qui lui est consubstantiel : la corruption, l’achat des consciences. Un combattant séparatiste qui n’a  dévoilé ni son identité ni sa localisation a, au cours d’un échange avec Jennifer Dikay Njentse, une activiste séparatiste basée en Angleterre, révélé que le porte-parole du Dialogue National, le journaliste Georges Ewane (élite du sud-ouest anglophone), l’a contacté pour lui proposer de l’argent et un voyage pour l’Europe s’il accepte de signer les résolutions du dialogue national au nom des séparatistes armés.

Le pouvoir de Yaoundé clame également que le dialogue est ouvert aux séparatistes de la diaspora mais n’a rien fait pour leur garantir qu’ils seront en liberté et en sécurité s’ils viennent participer aux travaux à Yaoundé. En effet Les leaders séparatistes anglophones vivant à l’extérieur sont pour la plupart sous le coup de mandats d’arrêt internationaux. Bien plus, les activistes anglophones pro-indépendance Mark Bareta et Tapang Ivo Tanku sont poursuivis pour « terrorisme » au Tribunal militaire de Yaoundé. Comment peut-on  inviter les séparatistes de la diaspora au dialogue national sans abandonner les poursuites contre eux ? Sans une main levée sur les mandats d’arrêt internationaux lancés contre eux ? Qu’est ce qui peut bien garantir leur sécurité alors qu’Abdulkarim Ali, acteur de la société civile et défenseur de la cause du peuple du Southern Cameroons a été enlevé le 26 septembre dernier à Douala et conduit à Yaoundé où il est détenu au secret ?

Kawa Yannick Kawa, un ancien chef bandit

S’agissant des ex-combattants qui auraient déposé les armes et vont prendre part à ce dialogue national, il s’agit soit des jeunes gens payés pour jouer ce rôle, soit de prisonniers libérés, soit d’ancien membre de gangs de voyous sponsorisés par le pouvoir de Yaoundé pour terroriser la population locale et se faire passer pour les combattants séparatistes qui, eux, sont soutenus par cette population. Lors de la cérémonie d’ouverture de ce dialogue national au palais des Congrès à Yaoundé, un certain Kawa Yannick Kawa a fait un discours au nom des ex-combattants. En réalité, il s’agit d’un ancien chef de gang à la tête d’un groupe qui terrorisait les populations et kidnappait contre rançons. Dans un témoignage fait fin juillet dernier dans une radio locale à Kumba (sud-ouest), Kawa Yannick Kawa dit avoir déposé les armes non pas parce que la lutte pour la libération du Southern Cameroons est inutile mais parce que les autres chefs de gangs cherchaient à le tuer à cause du mauvais partage du butin des kidnappings contre rançons.

Des ex-combattants séparatistes parmi lesquels de faux

Toujours dans ce groupe de soi-disant ex-combattants, la jeune fille prétendument enterrée vivante à Guzang le 16 septembre dernier est apparu ce 30 septembre 2019 au palais des Congrès de Yaoundé à l’ouverture du grand dialogue national parmi les pensionnaires des centres de Désarmement de Démobilisation et de Réinsertion de Bamenda et de Buea en train de chanter l’hymne national du Cameroun. Deux autres faux ex-combattants viennent d’être reconnus par un informateur qui a contacté notre consoeur Mimi Mefo du blog Mimi Mefo Infos. D’après cet informateur anonyme, parmi ces ex-combattants se trouvent deux frères, Christopher Neba et Desmond Tah Neba, habitant la localité de Kompina dans le Mungo, région du Littoral, dans le Cameroun francophone. Autrement dit, ils ne vivent même pas dans le Cameroun anglophone.

Que la communauté internationale ne se laisse pas flouer par le régime de Paul Biya. Ce dialogue est juste une mise en scène visant à la flouer et rien de constructif pour le retour à la paix dans le Southern Cameroons ne peut en sortir. Surtout que la plupart des délégations sont constituées de francophones, militants du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), parti au pouvoir, et des partis alliés et dociles au pouvoir en place. De cette foire, Paul Biya se servira pour dire aux partenaires occidentaux : « vous avez demandé le dialogue, le voici ! ». Du tape-à-l’œil juste pour les beaux yeux des Occidentaux en fait. Rien de plus, rien de moins.

Michel Biem Tong

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