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Cameroun : Crise anglophone : Voici comment Sisiku Ayuk Tabe et Cie ont été kidnappés au Nigéria

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Le leader séparatiste anglophone et 9 membres de son directoire était pour une énième fois devant le Tribunal militaire ce mercredi 19 juin. La rédaction de www.hurinews.com se sert de ce prétexte pour revenir sur les circonstances dans lesquelles Sisiku Ayuk Tabe et Cie ont été enlevés au Nigéria en janvier 2018 et transférés au Cameroun 2 semaines plus tard.

Elle l’a échappé belle. Sa nationalité nigériane l’a sans doute sauvé d’un transfèrement vers le Cameroun. Me Bih Nalova, avocate, faisait partie des leaders indépendantistes anglophones arrêtés au Nigéria le 5 janvier 2018 au Nera Hotel d’Abuja. Voici le récit qu’elle en fait sur compte Twitter en janvier dernier :

« En ce jour particulier (5 janvier 2018, ndlr), nous nous sommes retrouvés à Abuja pour discuter de la crise des réfugiés devenue aigüe dans l’Etat du Cross River, au Nigéria, suite à la guerre déclarée par Paul Biya au peuple du Southern Cameroons. Le groupe était constitué d’universitaires, d’enseignants et d’avocats que sont Sisiku Ayuk Tabe, Prof Awasum Augustin,Dr Henry Kimeng,Deacon Tassang Wilfried, Dr Fidelis Ndeh-Che, Dr Cornelius Kwanga, Dr Orok Ntui, Eyambe Elias, Shufai Blaise, Nfor Ngalla Nfor, Dr Ojong et moi-même. A peine nous sommes nous assis lorsque un groupe d’individus non-identifiés, lourdement armés, est apparu, nous a mis les menottes aux poings, bandé les yeux et conduit vers une destination inconnue. La seule chose dont je me souviens est que nous avons été conduits pendant des heures ».

« Quand nous sommes arrivés à notre destination, ce dont je peux me souvenir est que j’étais toujours avec les 11 autres. Nos ravisseurs nous ont fait descendre du véhicule l’un après l’autre. J’ai été prise puis conduite dans une cellule. C’était un vendredi. Le lundi matin, une jeune fille est entrée dans ma cellule, m’a bandé les yeux et m’a conduit dans une pièce obscure où j’ai été auditionné. Mais j’ai refusé de répondre. Mes empreintes digitales ont été prises ainsi que ma photo. Deux semaines après, j’ai une fois encore été bandée des yeux et introduite dans un véhicule dans lequel je me suis rendue compte que je me trouvais avec les 11 autres activistes masculins.  Je savais qui ils étaient malgré les yeux bandés car j’ai pu les reconnaître par la voix »

« Arrivés à notre destination, on nous a demandé d’enlevé les bandes des yeux, ce que nous avons fait. Nous avons été conduits dans un bâtiment qui s’est avéré être celui du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR). C’était le 18 janvier 2018.Une fois au HCR, nous étions soulagé étant donné que 4 des kidnappés étaient des réfugiés reconnus légalement comme tels au Nigéria pendant que 6 autres avaient leur demande d’asile qui était pendante. L’arrivée du HCR a été un soulagement. Le HCR-Nigéria nous a rassuré qu’il travaillait avec le gouvernement nigérian pour notre libération. C’était une confirmation de ce que le gouvernement nigérian était derrière notre kidnapping, même si nous ne savions pas pourquoi ».

« Le 25 janvier 2018, vers 16H, j’ai une fois encore été bandée des yeux et introduis dans un véhicule ou je pouvais une fois encore entendre la voix de mes compagnons. Nous avons roulé pendant des heures avant d’arriver à notre destination. A l’arrivée, il nous a été ordonné d’enlever la bande des yeux. C’est à ce moment-là seulement que nous avons réalisé que nous étions en chemin pour l’aéroport international Nnamdi Azikiwe d’Abuja. Quand Sisiku a demandé où est-ce qu’on nous amenait, nous nous sommes entendus dire : «  vous retournez à la maison ». Nous ne savions pas ce que la maison voulait dire.

« Quand nous sommes arrivés à l’aéroport, un avion militaire nous attendait. Nous avons réalisé que nous avons été kidnappés par des militaires et séquestrés par les services nigérians de la sécurité militaire. Que pouvions-nous faire en retour ? ils étaient lourdement armés et prêts à tirer sur celui qui leur résisterait. Quand on nous a ordonné d’entrer dans l’avion, Dr Ojong s’est opposé en disant qu’il y avait deux Nigérians parmi les 12 activistes, à savoir lui et moi. Un officier du BIR lui a répondu qu’ils sont venus chercher 12 personnes et non 10.Après des heures de discussions, deux d’entre nous ont été relâchés tandis que les 10 autres sont montés dans l’aéronef militaire. Le gouvernement nigérian a violé ses propres lois pendant que le HCR-Nigéria a failli à sa mission de protéger de vulnérables demandeurs d’asile».

Comme nous venons de le voir à travers cette narration, les 12 leaders indépendantistes anglophones ont été enlevés par des services de renseignement militaire nigérian sans convocation, sans mandat. Ils n’ont été présentés ni devant un officier de police judiciaire, ni devant un juge. Ils ont juste été trimballés des jours durant par leurs ravisseurs avant d’être livrés tels des colis encombrants au gouvernement camerounais dont les agents se trouvaient sur le territoire nigérian au moment de leur kidnapping. Il va falloir qu’un jour ou l’autre, les responsables de cet enlèvement, qu’il soit nigérian ou camerounais, en réponde devant la Cour pénale internationale car cet acte s’inscrit en violation de la Convention de Genève de 1951 sur la protection des réfugiés et demandeurs d’asile.

Michel Biem Tong  

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