Accueil»Dernières Infos»Cameroun : Disparition de Samuel Wazizi : Non au mensonge d’Etat pour couvrir un crime d’Etat !

Cameroun : Disparition de Samuel Wazizi : Non au mensonge d’Etat pour couvrir un crime d’Etat !

3
Partages
Pinterest Google+

Le communiqué du ministère de la Défense rendu public ce 5 juin dernier au sujet de la mort du journaliste Samuel Wazuzu est non seulement truffé de mensonges mais suscite de nombreuses interrogations qui portent à croire à une volonté de cacher des choses suffisamment graves qui incriminent des soldats camerounais.

Après le scandale de la vidéo montrant deux femmes et leurs bébés exécutés sommairement à l’Extrême-Nord par des soldats camerounais, après le massacre survenu à Ngarbuh le 14 février dernier, revoilà le ministère camerounais de la Défense dans son exercice favori : couvrir les crimes de certains soldats camerounais dans le Southern Cameroons (nord-ouest et sud-ouest anglophones du Cameroun). Cette fois-ci, c’est la disparition depuis près d’un an du journaliste de la chaîne de télévision privée CMTV basée à Buea (sud-ouest), Samuel Wazizi, qui offre l’occasion au ministère de la Défense de s’illustrer dans la manipulation de l’opinion publique.

D’abord l’opportunité du communiqué. Pourquoi attendre que la chaîne de télévision privée camerounaise Equinoxe Télévision annonce en exclusivité le 2 juin dernier la mort du journaliste pour que le ministère de la Défense (MINDEF) décide enfin de rendre public les circonstances de la mort de Samuel Wazizi ? De plus, le communiqué radio-presse N°0355/CRP/MINDEF /019 du 5 juin 2020 est truffé d’incohérence, d’imprécision et surtout et surtout de mensonges.

Le communiqué indique que : « le samedi 3 août 2019 à Ekona, les forces de sécurité avaient procédé à l’arrestation, au cours d’une opération de sécurité sur le terrain, du nommé Samuel Ebuwe Ajieka alias ‘Samuel Wazizi’, soupçonné d’intelligence avec les terroristes… ». Archifaux ! D’après l’un de ses avocats, c’est le 2 août 2019 que le journaliste, alors qu’il se trouvait dans son bureau, a été appelé au téléphone au commissariat de sécurité publique de Muea (à la périphérie de Buea). Il décide donc de s’y rendre parce que ne se reprochant de rien.

Wazizi était en contact avec sa famille

Le communiqué du ministère de la Défense présente Samuel Wazizi comme un « logisticien de divers groupes terroristes… » opérant notamment dans les montagnes situées à la périphérie de Buea. En quoi consistait sa tâche de manière précise ? De quelle logistique fait allusion le MINDEF et quel était son véritable rôle auprès des séparatistes armés ? Où est la preuve de ses activités terroristes ? Mystère. Puis l’on apprend du communiqué que Samuel Wazizi n’a jamais trouvé la mort le 17 août 2019 suite à des actes de torture mais à une maladie appelée le « Sepsis sévère ». Soit. Mais pourquoi avoir caché sa maladie et sa mort à sa famille, à ses collègues, à ses confrères, et à ses avocats qui pendant près d’un an, cherchaient en vain à avoir de ses nouvelles ?

Si d’après le ministère de la Défense, Samuel Wazizi est mort de maladie, qu’y avait-il donc à cacher si ce n’est quelque chose que ledit ministère avait intérêt à ce que le public ne sache pas, à savoir les traitements cruels, inhumains et dégradants infligés au journaliste et auxquels il a succombé ? Le communiqué indique que de son lit d’hôpital, Samuel Wazizi était en contact permanent avec sa famille restée à Buea. Pourtant, son frère aîné Henry Ndouga Abong a témoigné sur Equinoxe Télévision que la famille n’a jamais été contacté par qui que ce soit au sujet de Wazizi et qu’elle n’a plus jamais eu de ses nouvelles depuis son passage au commissariat de sécurité publique de Muea. Admettons que Wazizi ait été en contact avec sa famille, quel intérêt aurait-elle à cacher son décès à ses avocats et surtout aux tribunaux de Buea qui continuaient de le poursuivre ?

Le communiqué du ministère de la Défense est, pour dire le moins, tiré par les cheveux. Point n’est besoin de porter des lunettes spéciales pour le constater. L’objectif de cette communication est de couvrir d’un voile blanc un autre scandale qui implique des soldats camerounais. Mais il y a fort à craindre que le MINDEF soit dans les prochains jours ou mois forcé d’admettre que ce sont les soldats camerounais qui ont torturé le journaliste Samuel Wazizi à mort.

Michel Biem Tong   

 

 

 

 

Commentaires

commentaires

Article précédent

Cameroun : Liberté de presse : Ils ont finalement tué Samuel Wazizi, ces assassins !

Article suivant

Cameroun : Lutte contre la COVID-19 : De jeunes rappeurs détenus donnent de la voix