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Cameroun : Justice : Alerte ! la liberté d’expression en péril

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Incapable de les juger sur la base de preuves irréfutables, la justice corrompue et aux ordres du régime ténébreux de Yaoundé use de subterfuges les plus ignobles pour prolonger le séjour au bagne du journaliste Paul Chouta et de l’activiste Sébastien Ebala, tous deux incarcérés aux prisons principale et centrale de Yaoundé.

Dur dur d’être journaliste, ou activiste critique envers le pouvoir de Yaoundé par ces temps qui courent au Cameroun. Quand la prison arrive, bonjour le calvaire, quelle que soit la nature du tribunal. Avoir eu la chance de ne pas être jugé devant le Tribunal militaire ne signifie cependant pas qu’on est au bout de ses peines. Un magistrat carriériste, corrompu et capricieux (Dieu seul sait que le monde judiciaire au Cameroun en est plus qu’infesté) vous y attend pour vous faire subir une incroyable torture psychologique. Deux libres penseurs séquestrés à la prison centrale et principale de Yaoundé-Kondengui en souffre en ce moment. Il s’agit de Paul Chouta, journaliste, lanceur d’alertes et de Sébastien Ebala, activiste politique.

Le premier est administrateur de la page Facebook le TGV de l’Info et journaliste au site d’information Cameroonweb, le second activiste de la page Facebook Médiatik. Ces deux libres penseurs ont la particularité d’être victime d’un broyage systématique par ce qui tient lieu de justice au Cameroun. Paul Chouta entame son 26e mois de détention ce 30 juillet 2020. Enlevé le 28 mai 2019 par des policiers en civils, nuitamment, sans convocation ni mandat, le journaliste et lanceur d’alertes sera jeté dans une cellule de la Division de la Police Judiciaire à Yaoundé. Accusé de diffamation par l’écrivaine franco-camerounaise Calixte Beyala (qui ne s’est jamais présenté au tribunal), Paul Chouta est placé en détention provision dès le 11 juin 2019 d’abord à la prison centrale de Yaoundé puis à la prison principale de Yaoundé, juste en face.

Paul Chouta

Depuis lors, Paul Chouta est entraîné de force dans un véritable chemin de croix judiciaire. Le 10 septembre 2019, son affaire devant le Tribunal de première instance de Yaoundé-centre administratif (TPI) a été envoyée contre toute attente en appel.  L’affaire en question a été jointe à une autre qui oppose la même Calixte Beyala à une propriétaire d’un établissement scolaire qui, elle, a interjeté appel. Du jamais vu dans les annales de la justice au monde. Mais, tranquille ! Nous sommes au Cameroun. Des mois passent et ce n’est que le 27 avril 2020, c’est-à-dire plus de 7 mois après, que la Cour d’appel du Centre juge l’appel irrecevable. L’affaire revient en instance. Le 23 juillet dernier, devinez quoi ? Les juges du TPI ont rejeté les preuves de dame Beyala mais lui ont demandé d’en produire à la prochaine audience. Comme quoi, aussi longtemps que l’écrivaine ne produira pas un dossier d’accusation bien ficelé, Paul Chouta demeurera en prison des mois, voire des années durant. Vive la justice des copains-coquins !

Pacte international relatif aux droits civils et politiques

Autre cas emblématique d’une justice à la dérive, c’est celui de Sébastien Ebala. Consultant très couru sur la page Facebook Médiatik créée en novembre 2019, Sébastien Ebala a été kidnappé le 17 avril 2020 par des gros bras de la redoutable Division de la Sécurité Militaire (SEMIL), sur instructions de son commandant, le colonel assassin Joël Emile Bamkoui. Torturé dans les locaux de la SEMIL, l’activiste sera transféré au secrétariat d’Etat à la défense (SED) chargé de la gendarmerie nationale à Yaoundé le 18 avril 2020 à 2h du matin en compagnie de Tchebo Bernard, l’administrateur de la page Facebook Médiatik. Le 28 mai 2020, Sébastien Ebala et Bernard Tchebo sont placés en détention provisoire à la prison centrale de Yaoundé. Accusés d’ « outrage à chef d’Etat » et de « appel à des manifestations publiques sans autorisation », ils sont eux-aussi en jugement au TPI de Yaoundé-centre administratif. Sauf que le même 23 juillet dernier, alors qu’on attendait que les juges vident leur délibéré, Ebala et son co-accusé s’entendront dire que l’affaire a été portée à la Cour d’appel. Qui a interjeté appel ? Les conseils de Tchebo Bernard dans le cadre d’une autre affaire à laquelle on a joint celle-ci.

Sébastien Ebala, en train d’être torturé par les brigands de la SEMIL

Voilà comment des juges camerounais pratiquent de la torture blanche sur des journalistes, activistes et autres libres penseurs. Paul Biya disait à une certaine époque qu’on ne doit plus prendre le maquis pour exprimer ses idées. Mais au regard de ce que subissent Paul Chouta et Sébastien Ebala, le contexte camerounais est plutôt très hostile à toute personne qui oserait critiquer le pouvoir de Yaoundé où alors remettre en cause ses fondamentaux. La tactique est très simple : compte tenu de ce que vous avez été kidnappé sur ordres d’un gros bonnet de la République, la machine judiciaire est surprise de vous recevoir. Faute d’élément sérieux dans le dossier judiciaire et comme il faut que vous le payiez à tout prix pour vos positions osées contre le régime, des magistrats choisissent, pour des motifs ridicules, de prolonger votre séjour en prison histoire de vous infliger une indicible torture psychologique. Histoire de vous faire purger une forme de peine de prison qu’ils ne peuvent vous infliger au regard de la vacuité du dossier d’accusation. Au mépris du Pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1966 qui prescrit un jugement dans un délai raisonnable. Vous avez dit République exemplaire ?

Michel Biem Tong  

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