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Cameroun : Justice : Paul Biya et Laurent Esso veulent condamner le détenu politique Olanguena Awono pour une 3e fois

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Après avoir écopé de 10 puis de 20 ans de prison à l’issue de simulacres de procès, l’ancien ministre de la Santé publique doit encore faire face dans les prochains jours à une 3e affaire tout aussi kafkaïenne de détournement de deniers publics que les deux premières. Le régime de Biya tient sans doute à  punir le prisonnier politique pour ses prises de position critiques et dérangeantes depuis la prison.

Après avoir décidé de le jeter en prison le 2 mars 2008, Paul Biya et son ministre de la Justice, Laurent Esso sont déterminés à « condamner à vie » l’ancien ministre de la Santé publique, Urbain Olanguena Awono. Humilié le 31 mars 2008, jour de son arrestation, à la police judiciaire de Yaoundé sur ordres de l’alors patron de la police, Edgard Alain Mebe (lui aussi en prison), condamnés à 10 ans puis à 20 ans de prison en dernier ressort respectivement en août 2015 et février 2017 pour détournement de deniers publics, Urbain Olanguena Awono  doit à nouveau faire face au Tribunal criminel spécial (TCS) dans les prochains jours pour une autre affaire de malversations financières.

Il s’agit pourtant d’un chef d’accusation abandonné par le juge d’instruction près le Tribunal de grande instance (TGI) du Mfoundi-Yaoundé (quand le TCS n’était pas encore en fonction) en charge de cette affaire dès le début mais qui revient à la surface. Une histoire de détournement de détournement de 7 295 230 123 FCFA dans le cadre d’un marché de livraison des médicaments. Il s’agit en effet d’une accusation contenue dans le réquisitoire introductif d’instance (ordonnance de saisine du juge d’instruction) du 9 avril 2008 du parquet du TGI du Mfoundi, lequel s’appuie sur un rapport de la brigade mixte de vérification du Contrôle supérieur de l’Etat conduite par Gilbert Bayoï.

CENAME

Selon ledit rapport, entre 2002 et 2006, des médicaments de l’ordre de 7 295 230 123 FCFA ont été livrés au ministère de la Santé sans qu’il n’existe un procès-verbal de certification de la dite livraison dressé par un comptable-matière. Conclusion tirée par les cheveux de la machine politico-judiciaire : les 7 milliards de F CFA ont été détournés. Ce que Paul Biya, Laurent Esso et la cohorte de magistrats froussards du TCS devrait savoir est que depuis 2005, ce n’est pas le ministre de la Santé qui est ordonnateur des crédits pour l’achat des médicaments mais bien le directeur général de la Centrale d’approvisionnement en médicaments (CENAME).

De plus, depuis 1999, avant l’arrivée d’Olanguena Awono au ministère de la Santé, la CENAME fonctionne sur la base d’un manuel de procédure qui n’a pas prévu de certification de livraison des médicaments par un comptable-matière. Ce manuel a prévu que : « le client appose sa signature sur le bon de livraison CENAME suivi de la mention ‘reçu conforme’ ». Le médicament étant un produit dangereux, seuls les professionnels ont le droit de le manipuler et non les comptables-matières qui ne sont pas des spécialistes de la chose.

Délation

Ce rapport Gilbert Bayoi soit trahit l’incompétence de leurs auteurs soit traduit une volonté de nuire à un homme en usant de la délation. Curieux que les magistrats du TCS ne l’aient pas remarqué. Scandaleux que les institutions républicaines soient autant galvaudées non seulement pour asseoir le pouvoir d’un seul individu ainsi que de sa famille mais aussi pour détruire les carrières et les vies des citoyens. Qu’il soit entériné que les nouvelles ennuis judiciaires d’Olanguena Awono n’ont rien à voir avec des détournements de fonds d’ailleurs difficile à démontrer. Elles ont quelque chose à voir avec la liberté de ton de l’ancien ministre depuis sa cellule au quartier 14 de la prison centrale de Yaoundé.

En effet, en février 2016 dernier, l’ancien ministre a mis sur le marché un ouvrage intitulé « Mensonges d’Etat : Désert de République au Cameroun ». Dans ce livre, il critique sévèrement le régime Biya et son système judiciaire qui le broie depuis plus de 10 ans. Au lendemain de la mise sur le marché de ce livre, des policiers se sont rendus à sa cellule à la prison centrale de Kondengui pour en saisir plusieurs exemplaires. Qui niera encore le fait que comme l’a toujours clamé le Comité de Libération des Prisonniers Politiques (CL2P), Urbain Olanguena Awono est un prisonnier politique ?

Rappelons qu’Urbain Olanguena Awono a été condamné à 10 ans de prison pour n’avoir pas soumis des ONG de lutte contre le SIDA à la procédure de passation de marchés publics. Comme si les associations y étaient éligibles. Puis il a écopé de 20 ans pour le détournement de 80 millions pourtant empochés par un prestataire de service public véreux qui a imité sa signature et celle de tous les responsables de la chaîne de certification de la liasse de paiement pour encaisser cette somme au Trésor. Jeté en prison suite à une plainte du ministre, l’homme d’affaires en a été exfiltré puis s’est expatrié.

Michel Biem Tong

 

 

 

 

 

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