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Cameroun : Liberté d’expression : la Division de la Sécurité Militaire, une police politique ?

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Compétente pour veiller au moral et à la discipline des soldats et gendarmes, en charge du renseignement militaire pour le compte du chef de l’Etat et du haut commandement militaire, la Division de la Sécurité Militaire au Cameroun s’illustre de plus en plus par de violations graves des droits humains envers des civils. Connu sous l’acronyme SEMIL, cet organe logé au sein du ministère de la Défense à Yaoundé, est impliqué dans pas mal de crimes (notamment dans le cadre de la crise anglophone), de tentatives d’assassinat ainsi que des atteintes à la liberté d’aller et venir des personnes jugées politiquement incorrectes par le régime Biya.

A quoi sert finalement la Division de la Sécurité Militaire (SEMIL), un service rattaché au ministère camerounais de la Défense ? Est-elle investie de missions secrètes que les Camerounais ignorent ?  Un haut gradé de la SEMIL contacté par la rédaction de hurinews.com et qui témoigne sous anonymat a confié que : « la formation d’un agent SEMIL est extrêmement rude, elle est assurée par des Israéliens car c’est un service assez important et sensible pour la sécurité du pays. La SEMIL veille sur la discipline militaire et le moral des militaires et gendarmes. C’est un service qui renseigne le chef de l’Etat au quotidien sur la situation au sein de l’armée et de la gendarmerie et sur les velléités de déstabilisation du pays par des forces endogènes ou exogènes. Un agent SEMIL a beaucoup de pouvoirs. Même parmi les agents de la Direction de la Sécurité Présidentielle par exemple, il y a au moins 2 à 3 agents SEMIL. Lorsqu’un militaire va en mission à l’étranger, c’est la SEMIL qui enquête sur l’objet de sa mission avant d’autoriser son déplacement.  C’est un service qui a un volet renseignement dans un cadre militaire ».

A l’aune des explications qui précèdent, il y a lieu de se demander ce que cherchent la SEMIL après des journalistes, militants des droits de l’homme et autres activistes qui ne sont ni des militaires ni des gendarmes ? La SEMIL serait-elle devenue cette police politique si chère au tristement célèbre Jean Fochivé, tout puissant patron des services de renseignements de l’époque d’Amadou Ahidjo et des 15 premières années de l’ère Biya avant son décès le 15 avril 1997 ? Quoiqu’il en soit, Fochivé semble s’être réincarné en un personnage de sinistre réputation en la personne du colonel Joël Emile Bamkoui, officier supérieur de gendarmerie. Gâchette facile du régime Biya, médaillé d’or du crime crapuleux, c’est sous Emile Bamkoui que la SEMIL dont il est le patron depuis le 17 février 2016 a été le plus impliquée dans de nombreux violations des droits humains. Même s’il est vrai qu’il a hérité une SEMIL déjà imbibée de sang.

Emile Bamkoui

Dans un entretien accordé au journal en ligne camerouninfo.net le 17 janvier 2014, Lambert Yene Abega, agent des services de renseignement, a révélé que c’est la SEMIL, sous le commandement d’un certain colonel Henri Robert Bidja et sur ordres du ministre de la Défense de l’époque, Edgard Alain Mebe Ngo’o (aujourd’hui détenu à la prison centrale de Yaoundé pour malversations financières), qui a assassiné le journaliste et directeur de publication du journal L’Observateur, Jules Nkoum Nkoum, le 4 novembre 2011. Le confrère enquêtait sur la fortune colossale d’Edgard Alain Mebe Ngo’o.

Sous le crapuleux Emile Bamkoui, la SEMIL s’illustre par l’instauration du règne de la terreur avec pour cibles hommes politiques, activistes, journalistes, etc. Le dernier « fait d’armes » de cette espèce de brigade des mœurs politiques c’est cet avis de recherche (voir ci-contre) lancé le 12 mars dernier contre le Français d’origine camerounaise Kouoh Marc Hervé. Soupçonné d’être membre de la Brigade anti-Sardinards (BAS), un mouvement anti-Biya constitué des Camerounais de la diaspora, Kouoh Marc est traqué par la SEMIL alors qu’il est censé séjourner au Cameroun entre le 17 et le 23 mars 2020. Début décembre 2019, la BAS a éventré grâce à ses relais au sein des services secrets camerounais un plan d’arrestation de l’opposant politique Maurice Kamto concocté par la SEMIL. Le plan consistait à faire témoigner des jeunes gens devant les caméras de la chaîne nationale CRTV et de Vision 4 de ce qu’ils ont été envoyés par Maurice Kamto acheter les armes afin de déstabiliser le Cameroun. Non sans avoir brandi les armes que la SEMIL aura pris soin d’exhiber comme butin.

Kidnapping des leaders séparatistes anglophones

Les journalistes et activistes font le plus souvent les frais de la SEMIL. Depuis le 23 décembre dernier, Sébastien Ebala, activiste anti-Biya très actif sur les réseaux sociaux, est recherché par le colonel Bamkoui. Ce dernier lui reproche d’avoir dans un direct sur Facebook accusé la SEMIL d’être impliquée dans l’assassinat de Mgr Benoît Balla en juin 2017. L’auteur de ces lignes n’en a pas moins fait les frais de la SEMIL. Enlevé nuitamment le 23 octobre 2018 des bureaux de la SEMIL au ministère de la Défense à Yaoundé où il avait rendez-vous avec Bamkoui, ce dernier a ordonné sa séquestration dans une cellule du secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie puis sa détention 3 semaines plus tard à la prison centrale de Yaoundé. Son seul tort : ses critiques envers le pouvoir de Yaoundé dans sa gestion de la crise anglophone.

Message-porté de la SEMIL demandant l’enlèvement d’un citoyen

La SEMIL sous le criminel Bamkoui Emile est aussi impliquée dans des missions secrètes d’assassinat et d’enlèvement des personnes jugées dérangeantes par le régime Biya. C’est un commando de la SEMIL piloté par Bamkoui qui, conjointement aux services secrets nigérians, a kidnappé à Abuja au Nigéria puis déporté au Cameroun 10 leaders séparatistes anglophones en janvier 2018. Par ailleurs, le colonel Bamkoui est souvent mis en mission par le régime Biya pour des missions secrètes d’assassinat (sans doute avec du poison) des journalistes et activistes camerounais basés en Europe et aux USA. La SEMIL est également impliquée dans le ravitaillement en armes et munitions des faux groupes séparatistes en zone anglophone qui commettent des atrocités qui sont attribuées aux séparatistes armés authentiques. Si nous étions en aviation, il serait aisé de constater que la SEMIL a opéré une sortie de piste. Elle a troqué son rôle de garant de la discipline militaire et du moral des troupes au sein de l’armée et de la gendarmerie contre celui de police politique au service du régime agonisant de Paul Biya. Dommage, mille fois dommage !

Michel Biem Tong  

 

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