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Cameroun : Massacre de Menka : Les populations du village accusent le ministre Paul Atanga Nji

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D’après des sources locales et confidentielles, la plupart des jeunes massacrés à Menka dans le Southern Cameroon (actuelle région anglophone du Cameroun) appartenaient à un groupe de jeunes montés et financés par l’actuel ministre de l’Administration territoriale et élite de la région pour kidnapper des villageois et attribuer les opérations aux combattants indépendantistes anglophones. Mais la rédaction de www.hurinews.com n’a pas réussi à contacter le concerné pour avoir sa version. Le porte-parole de l’armée parle plutôt de « terroristes » abattus à l’issue d’un affrontement armé. 

Du sang. Des larmes. De l’horreur. La petite localité de Menka, située dans l’arrondissement de Santa au Southern Cameroon (Cameroun anglophone en attente d’indépendance) s’est réveillée péniblement vendredi 25 mai 2018. Sur la cour du village, des corps sans vie de jeunes filles et garçons, une vingtaine de sources locales, une quarantaine à en croire d’autres. De toutes les images qui ont circulé sur les réseaux sociaux, une montrant le corps d’une jeune fille suspendu au plafond par le bras, crève le cœur. Elle aurait sans doute été abattue au moment où elle tentait de se réfugier sur le plafond d’une habitation.

Les corps auraient été inhumés dans une fosse commune du village devant des familles éplorées. Que s’est-il réellement passé ce matin du 25 mai 2018 à Menka ? D’après les explications du porte-parole du ministère de la Défense, Colonel Didier Badjeck, il s’agit «d’un groupe de terroristes »  abattus par des militaires  suite à de « longs  échanges de tir ». Les « terroristes » en question se trouvaient dans un hôtel du village. D’après le communiqué du colonel Badjeck largement diffusé sur les réseaux sociaux,  « les blessés (sans doute ceux de l’armée, ndlr) ont été immédiatement pris en charge. Plusieurs armes et munitions ont été saisies ».

Cette communication de l’armée camerounaise autour des événements de Menka suscite bien des interrogations. Comment un mouvement insurrectionnel armé peut prendre ses quartiers dans un hôtel bien connu des populations ? La rédaction de www.hurinews.com a contacté ce samedi 26 mai 2018 le colonel Badjeck pour avoir plus de précisions sur la quantité d’armes et munitions saisies, leurs caractéristiques et leurs calibres. On se souvient que lors de la bataille de Dadi, l’armée avait présenté à grand renfort de publicité, l’arsenal de guerre saisi à l’ennemi. Où est celui de Menka ? Question restée sans réponse jusqu’à ce moment où nous mettons en ligne.

Image des jeunes massacrés par l’armée à Menka

Affrontement armé ?

Le colonel parle d’un affrontement armé. Est-ce à dire que ceux que le porte-parole de l’armée appelle « terroristes » sont sortis de l’hôtel en question pour tirer sur les forces de défense alors qu’ils se sentaient encerclés ? S’ils tiraient étant à l’intérieur de l’hôtel, pourquoi autant de morts alors que les murs de cet hôtel leur offraient des cuirasses de protection ? Pourquoi curieusement, aucun mort n’a été enregistré côté soldats ?  Didier Badjeck a parlé de blessés pris en charge, qui sont ces blessés, quels sont leurs grades et où sont-ils pris en charge ? Des questions adressées par la rédaction au Cellcom du ministère de la Défense qui restent sans réponse jusqu’ici.

L’image du corps d’une jeune fille suspendu au plafond, en plus de suffire largement pour balayer d’un revers de la main, la thèse d’un affrontement armé est révélatrice de ce que si affrontement armé il y a eu, même des innocents en ont payé le prix. La thèse n’est d’ailleurs pas partagée par les habitants de ce village. Quelques-uns contactés par www.hurinews.com pointent un doigt accusateur sur Paul Atanga Nji, actuel ministre de l’Administration territoriale, secrétaire du Conseil national de la sécurité (en charge de centraliser le renseignement) et élite de la région.

Un résident de ce village raconte : « il y a 3 semaines, une dizaine de jeunes recrutés par Atanga Nji est entrée à Pinying (village voisin de Menka, ndlr). Au départ, nous pensions qu’il s’agissait des Amba Boys (appelation des rebelles indépendantistes anglophones, ndlr), mais une semaine après, ils ont commencé à commettre des actes de banditisme, volant, agressant des villageois, violant des jeunes filles, tuant des bœufs appartenant aux Bororos (communauté autochtone vivant dans le coin, ndlr).  Ils sont allés au palais de Baligam et ont rassemblé tous les fusils du palais, ils sont allés au palais de Buchi et ont terrorisé tout le monde, ils ont visité presque tous les villages dans Santa, au début ils recrutaient des jeunes et se faisaient passer pour des Amba Boys et ainsi gagnaient la sympathie de la population ».

« SantaQuifors »

Paul Atanga Nji, actuel ministre de l’Intérieur et élite de anté

Le témoin dit se souvenir qu’au cours de cette période, des messages WhatsApp ont commencé à circuler selon lesquels  le groupe de défense “SantaQuifors” a été créé à Santa. S’agissant des événements de Menka, l’habitant de ce village raconte que : « au matin du 25 mai, ces jeunes voyous recrutés par Atanga Nji ont pris Star Hotel en otage et l’ont transformé en un marché de la prostitution où ils ont amené des filles et dormi avec elles, et le propriétaire de l’hôtel ne pouvait pas s’y opposer. Informés, les militaires ont surgi dans cet hôtel tôt le matin et tiré sur tout le monde, y compris sur les jeunes filles qui étaient séquestrées par ces jeunes, ces derniers n’avaient pas d’armes à l’hôtel, mais des couteaux et des machettes avec lesquels ils opéraient ».

Une élite du coin, natif de Menka qui nous a contacté sous anonymat en rajoute une couche en se voulant plus formelle : « Atanga Nji a recruté et payé ces jeunes pour opérer des kidnappings à Santa et les attribuer aux indépendantistes, mais au lieu de tout ceci, ils ont utilisé cet argent pour commettre des gaffes, s’amuser avec les jeunes filles du village », confie-t-il. La rédaction a tenté en vain de joindre le ministre Paul Atanga Nji pour avoir sa version des faits. Il est donc difficile jusqu’ici d’établir sa responsabilité dans ce massacre. Quel que soit le bout par lequel ce drame survenu à Menka est pris, il est évident  que ce qui s’est passé est grave et le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo tout comme celui de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, d’ailleurs mis en cause dans cet événement, doivent des explications claires aux camerounais, preuves irréfutables à l’appui.

Paul Atanga Nji est anglophone originaire de l’arrondissement de Santa dont dépend le village Menka. Plus précisément du village Akum. Cet ancien homme d’affaires véreux et repris de justice traîne un passé sulfureux. Ancien agent de renseignement mis à contribution au début des années 1990 par Paul Biya pour combattre politiquement Ni John Fru Ndi, leader de l’opposition camerounaise très populaire à l’époque, Atanga Nji est un fidèle des fidèles de Paul Biya. Il fait partie des radicaux du régime qui sont favorables à la répression des mouvements indépendantistes dans le Southern Cameroon.

Michel Biem Tong  

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