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Cameroun : Massacre de Ngarbuh : La commission d’enquête de Paul Biya enterre définitivement l’affaire

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Les conclusions de ladite enquête qui viennent d’être communiquées par la présidence du Cameroun ne sont pas différentes de la thèse officielle selon laquelle les femmes et enfants qui ont trouvé la mort sont des victimes collatérales d’un échange de tirs entre militaires et indépendantistes anglophones armés. Seule nouveauté, le nombre de mort qui passe de 5 à 13. Le président de la République a, d’après le compte-rendu de son secrétaire général, prescrit entre autre l’arrestation des militaires impliqués dans cette opération militaire. Comment est-ce possible dès lors que le rapport de la Commission ne conclut pas à une attaque ciblée sur des civils ?  

Ceux qui s’attendaient à un miracle de la Commission d’enquête créée par Paul Biya le 17 février pour investiguer sur le massacre de Ngarbuh (nord-ouest anglophone) doivent sans doute être déçus en ce moment. Le rapport d’enquête de ladite Commission composée d’officiers des armées et de la gendarmerie est une pâle copie de la version gouvernementale soutenue notamment par le ministère de la Défense et le ministère de la Communication après cet incident survenu le 14 février dernier.

Comme la version officielle, le rapport d’enquête maintient les circonstances des pertes en vie humaine, à savoir un échange de tirs entre 5 éléments des forces de sécurité (3 militaires et deux gendarmes) et des indépendantistes anglophones armés mais fait passer le nombre de victimes civiles de 5 à 13 (3 femmes et 10 enfants).

S’agissant de la responsabilité des forces de défense et des milices locales, le rapport d’enquête se contente de mentionner : « après des échanges de tirs…le détachement a découvert que 3 femmes et 10 enfants ont péri du fait de son action (attaque des indépendantistes, ndlr) ». On n’est pas si éloigné que ça de la version officielle qui a parlé de « dégâts collatéraux ». Le rapport renchérit : « pris de panique, les 3 militaires aidés par certains membres du comité de vigilance ont tenté de masquer les faits par des incendies».

Pas d’attaques ciblées

La Commission d’enquête botte donc en touche la version tant de Human Right Watch que du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme qui ont toutes conclu à une attaque ciblée d’une vingtaine de civils par de militaires camerounais et des milices pro-gouvernementales. Mais pour tromper l’opinion internationale et offrir à cette dernière des bêtes en sacrifice, le rapport souligne : « le Sergent Baba Guida qui a conduit l’opération, a adressé à sa hiérarchie un compte rendu volontairement biaisé. Compte rendu sur la base duquel le gouvernement a initialement fondé sa communication ».

Le rapport d’enquête établi la responsabilité des 5 membres des forces de défense ainsi que de 10 membres des comités de vigilance ayant participé à cette opération fatale pour des personnes issues pour la plupart de couches vulnérables. Mais la Commission est vague sur la nature de cette responsabilité et parle de participation à une opération ayant causé la mort de plusieurs personnes et des incendies de maisons. Ces civils et maisons ont été délibérément ciblés ? Mystère et boule de gomme.

Selon le rapport, le chef de l’Etat camerounais a conséquemment instruit entre autres des poursuites judiciaires à l’encontre les soldats et les milices pro-gouvernementales ayant participé à l’opération du 14 février 2020 à Ngarbuh, le versement des indemnisations aux ayants droits des victimes, l’exhumation des corps en vue d’une sépulture aux frais de l’Etat, etc. Si ce rapport a le mérite de contredire certains membres du gouvernement qui ont défendu mordicus que l’armée n’est nullement responsable du massacre de Ngarbuh, il n’en demeure pas moins que ses conclusions et les mesures cosmétiques subséquentes prescrites par Paul Biya cachent mal une volonté de sacrifier des boucs émissaires et d’enterrer définitivement ce dossier.

Michel Biem Tong

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