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Cameroun : Massacre de Ngarh-Bu : L’armée et une milice pro-gouvernementale suspectes

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D’après des informations provenant tant des témoins que des ONG locales, des soldats camerounais, avec l’appui d’une milice locale, sont impliqués dans le massacre de près d’une trentaine de civils (dont 10 jeunes enfants, un bébé de 8 mois et une femme enceinte) à Ngarh-Bu, dans l’arrondissement de Ndu, département du Donga Mantung, région du nord-ouest anglophone. Il s’agit, à en croire de sources dignes de foi, d’une opération qui visait à punir les familles qui refusent de demander à leurs membres ayant rejoint la lutte armée de déposer les armes.

8 jeunes enfants de 7 à 12 ans (dont 5 d’une même famille), un bébé de 8 mois et une femme enceinte, brûlés vifs dans leur maisons. La scène se déroule ce 14 février 2020 au quartier Ngarh-Buh, dans le village Ntumbaw, arrondissement de Ndu, département du Donga Mantung, région du nord-ouest anglophone (nord du Southern Cameroons) du Cameroun. Ces personnes vulnérables font parties des 27 villageois massacrés dans cette localité. D’après un communiqué du ministère camerounais de la Défense datant du 17 février 2020, il s’agit plutôt de 5 civils tués et le communiqué (voir ci-contre) parle de victimes collatérales de l’incendie d’un contenant de carburant suite à un échange de tirs entre 6 soldats de l’armée camerounaise et des indépendantistes armés. Une version qui non seulement peine à convaincre mais cache une réalité que votre journal hurinews.com a pu rassembler sur les réseaux sociaux, auprès des témoins et des ONG locales.

Sur son compte Twitter le 16 février 2020 à 10h 34 minutes, l’avocat anglophone et défenseur des droits de l’homme, Me Agbor Balla Nkongho, a accusé les forces de défense camerounaises d’avoir organisé ce massacre.  Me Agbor Balla dirige le Center for Human Right and Democracy in Africa, une ONG basée à Buea, capitale du Sud-Ouest anglophone.  Des sources locales vont encore plus loin en soulignant que les militaires camerounais qui ont conduit l’opération étaient appuyés par une milice créée et financée par un certain Ngala Gérard (voir photo), homme d’affaires originaire du Donga Mantung basé à Douala. Nos sources révèlent que parmi les membres de cette milice se trouvent des pensionnaires du Centre de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (DDR) de Bamenda. Il s’agit d’une structure créée en décembre 2018 par le président camerounais Paul Biya pour recueillir tous les membres des indépendantistes armés qui accepte de déposer les armes.

Selon nos informateurs, c’est un pensionnaire du DDR au nom de Marcel Nfor, ancien soi-disant combattant indépendantiste dans le Donga Mantung,  qui a planifié cette opération dans le but de punir les familles qui refusent de demander à leurs membres qui ont rejoint la lutte armée de déposer les armes. Un témoin dit l’avoir entendu vociférer dans un marché de Bamenda quelques jours avant les massacres que si les autres combattants ne déposent pas les armes, il va aider l’armée à massacrer même leurs familles. La suite, on la connaît. Et si le DDR, créé pour trouver de l’emploi à ceux qui ont prétendu avoir combattu auprès des indépendantistes anglophones, était plutôt le réceptacle des infiltrés de la révolution anglophone récupérés pour aider le pouvoir de Yaoundé à commettre de basses œuvres dans le Southern Cameroons !

Ngala Gérard, l’un des commanditaires du massacre de Ngarh-Bu

Hurinews.com est d’ailleurs en possession d’une capture d’écran (voir la capture d’écran) d’un post publié le 16 février 2020 à 5h 29mn  sur ce qui apparait comme la page Facebook du Centre de DDR. Le post indique que le bilan sera lourd surtout chez les enfants dans les localités qui continuent d’abriter des groupes armés indépendantistes (communément appelé Amba Boys) : « ça s’appelle dégâts collatéraux », lit-on dans le post (le communiqué du ministère de la Défense parle de conséquence collatérale parlant des victimes de Ngahr, remarquez la coïncidence !). Comme quoi, incapable d’écraser la révolte armée en zone anglophone, le pouvoir de Yaoundé a opté pour des représailles sur les membres des familles des combattants de groupes indépendantistes.

A titre de rappel, le pouvoir de Yaoundé est en guerre avec les indépendantistes depuis le 30 novembre 2017 pour préserver l’unité et l’intégrité du territoire camerounais. Mais pour les indépendantistes anglophones, le territoire camerounais reconnu aux Nations Unies depuis le 20 septembre 1960 n’inclut pas la partie anglophone. Ces derniers estiment que ce qu’ils appellent « La République du Cameroun » n’a aucun droit du point de vue des textes onusiens de clamer sa souveraineté sur le Southern Cameroons (devenu nord-ouest et sud-ouest du Cameroun), indépendant, d’après eux, depuis le 1er octobre 1961. Quoique cette indépendance dût se traduire par un rattachement à la République du Cameroun mais en tant qu’Etat indépendant et non région, soutiennent les indépendantistes.

Michel Biem Tong

 

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