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Cameroun : Massacres de Menka : Mandela Center appelle à un procès des auteurs devant la CPI

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Ci-dessous, l’intégralité du communiqué de l’ONG camerounaise parvenu à notre rédaction. Elle appelle à la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale pour enquêter sur les massacres de Menka survenus le 25 mai dernier.  

…Des images des cadavres gisant dans des mares de sang, des corps criblés de balles, des hommes pendus au plafond comme des animaux dans une boucherie, des dépouilles entassées dans les broussailles … ont fait le tour du monde entier à la suite d’un carnage
opéré par l’armée camerounaise, en pleine nuit du 24 au 25 mai 2018, au village Menka-Pinyin, Commune de Santa, département de la Mezam, dans le Nord-ouest du Cameroun;

Que le bilan macabre de cette tuerie massive et barbare fait état d’au moins 32 morts parmi les jeunes gens qui se trouvaient dans un petit motel appelé « Star Hôtel »;

Que le seul survivant, blessé à la bouche et conduit dans un centre de santé le plus proche,par ses deux frères à bord d’une moto a été rattrapé immédiatement, par l’armée qui les a enlevés du lit d’hôpital avant de les abattre froidement, question d’effacer toutes les traces;

Que dans une sortie sur les réseaux sociaux, le colonel Didier BADJECK, chef de la division de la Communication au ministère de la Défense et porte-parole de l’armée camerounaise, a pleinement assumé la responsabilité du gouvernement camerounais: « (…) Les Forces de
Défense et de Sécurité ont [ainsi] progressé tôt le matin de ce jour à mesure d’encercler l’hôtel (…). A l’issue des combats à l’avantage des forces régulières, plusieurs terroristes ont été neutralisés, et les blessés ont été immédiatement pris en charge
»;

Que ces propos ont été confirmés le 29 mai 2018, lors d’une conférence de presse, par le ministre de la Communication et Porte-parole du Gouvernement, Issa TCHIROMA BAKARY, en prévenant les Camerounais qu’il faudrait que l’on s’attende à revoir d’autres scènes
horribles
comme celles de Menka ;

Qu’aucune information n’a filtré sur les circonstances des horreurs commises, alors que les corps retrouvés dans des bosquets et les maisons étaient sans aucune arme, tout comme aucun blessé n’a été enregistré dans les rangs de l’armée et les prétendues « armes saisies
par l’armée camerounaise
» n’ont jamais été dévoilées;

Que plusieurs versions contradictoires polluent l’atmosphère sur cet événement dramatique et aggravent la fracture entre les camerounais ;

Que le fait que le principal leader de l’opposition camerounaise, Ni John Fru Ndi parle des «exécutions sommaires » attribuées à l’armée camerounaise en affirmant «Si j’étais jeune,
j’aurais été en brousse en train de me battre avec les autres
», et que « Paul Biya doit être poursuivi pour crime contre l’humanité », sur France 24, démontre la profondeur du traumatisme et de la souffrance ambiante en zones anglophones ;

Que rien, en droit international, ne justifie la conduite des pouvoirs publics camerounais, de leurs armées et de leurs représentants dans cette sale guerre, que l’armée camerounaise ait eu en face des civils, des « sécessionnistes », des « terroristes » ou des « bandits » ;
Que depuis le déclenchement de la crise anglophone en octobre 2016, aucune enquête nationale n’a abouti et aucun élément des forces de défense et de sécurité camerounaises n’a été poursuivi malgré les multiples crimes de guerre enregistrés;

Que seule une commission d’enquête internationale pourra clarifier les circonstances et établir les responsabilités dans un très bref délai;
Qu’il s’agit de graves violations des droits humains au sens de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (DUDH) de 1948, du Pacte International relatif aux Droits Civils et
Politiques (PIDCP)
de 1966, la Charte Africaine sur les Droits de l’Homme et des Peuples (CADHP) de 1981, de la Convention des Nations contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (CCT) du 10 Décembre 1984, tous ratifiés par
le Cameroun;

Que selon le droit international des droits de l’homme, l’État camerounais a l’obligation de respecter et de faire respecter le droit à la vie (DUDH, PIDCP, CADHP);

Qu’au regard de ses engagements internationaux, le Gouvernement camerounais a l’obligation absolue d’empêcher l’exécution extrajudiciaire de personnes civiles, y compris de criminels
présumés
, que ce soit par la police ou d’autres forces de sécurité, de faire appel à ses forces de sécurité pour veiller, à ce que la population vivant dans les zones anglophones ne soit pas assassinée par des agents non étatiques tels que des bandes armées qui y sévissent,
d’ouvrir une enquête sur les responsables d’exécutions illégales et de les traduire en justice;

Que ces faits sont constitutifs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité consignés dans la Convention de Genève, l’acte fondateur de la Cour Pénale Internationale (art. 7 et 8) ;

Les juges de la Cour pénale internationale

Que l’État camerounais a l’obligation absolue de se conformer scrupuleusement au Droit International Humanitaire (DIH) ou droit de la guerre, un dispositif juridique commun aux 04 Conventions de Genève de 1949 et des deux Protocoles additionnels de 1977;

Que le Cameroun a bel et bien ratifié la Convention sur l’imprescriptibilité des crimes de guerres et des crimes contre l’humanité;

Que la République du Cameroun est, bel et bien, partie au PIDCP, aux quatre Conventions de Genève de 1949 et au deuxième Protocole additionnel à ces conventions relatif à la protection des victimes des conflits armés non internationaux (Protocole additionnel II), et doit répondre de toutes les violations des droits humains qui lui sont imputées;
Que tous les soldats camerounais doivent avoir pour seule instruction d’obéir aux prescriptions du droit international humanitaire et des droits de l’homme et de désobéir OBLIGATOIREMENT à des ordres illégaux, sous peine de poursuites;

Que tous les chefs militaires camerounais impliqués dans ces exactions doivent en répondre à la lumière de plusieurs jurisprudences qui rendent pénalement responsable des crimes «commis par des subordonnés placés sous son autorité et son contrôle effectifs, lorsqu’il
n’a pas exercé le contrôle qui convenait sur ces subordonnés dans les cas où :i) Le supérieur hiérarchique savait que ces subordonnés commettaient ou allaient commettre ces crimes ou a délibérément négligé de tenir compte d’informations qui l’indiquaient clairement; ii) Ces crimes étaient liés à des activités relevant de sa responsabilité et de
son contrôle effectifs, et iii) Le supérieur hiérarchique n’a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables qui étaient en son pouvoir pour en empêcher ou en réprimer l’exécution ou pour en référer aux autorités compétentes aux fins d’enquête et de
poursuites
», renforcé par l’Article 28 de la Cour pénale internationale sur la responsabilité des chefs militaires et autres.
Eu égard à tout ce qui précède,  Mandela Center International:
1. Regrette sincèrement que le gouvernement camerounais ait failli à ses engagements internationaux de diligenter une enquête urgente, et de manière efficace, sur toutes les allégations d’atteintes aux droits de l’homme formulées à l’égard de ses forces de sécurité;

2.Exige, avec fermeté, de l’État Camerounais une réparation et une indemnisation équitablement et de manière adéquate, pour toutes les victimes;

3.Lance un vibrant et urgent appel au Conseil de sécurité, à l’Assemblée générale et au Conseil des droits de l’homme de mettre sur pied une commission d’enquête internationale indépendante chargée de répondre aux violations graves du droit international humanitaire et
du droit international des droits de l’homme et mettre un terme à l’impunité au Cameroun.


Fait à Yaoundé, le 11 juin 2018

Le Secrétaire Exécutif Permanent

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