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Cameroun : Médiation pénale : La Maison des Jeunes et des Cultures engage une réflexion

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Depuis plus d’un an, l’association au chevet des détenus de la prison centrale de Douala a engagé une campagne de sensibilisation sur la médiation, complémentaire à la justice pénale. Il s’agit de l’implémentation du projet « Regard au-delà de la Prison », porté par une ONG italienne.

La médiation est un processus permettant à la victime et au délinquant de participer activement, s’ils consentent librement, à la solution des difficultés résultant de l’infraction, avec l’aide d’un tiers indépendant, qu’on appelle le médiateur.

C’est à partir de cette définition que la Maison des Jeunes et des Cultures de Douala – New Bell a commencé son voyage à la découverte de l’outil de la médiation pénale et d’un nouveau paradigme de justice, celui de la justice réparatrice, qui n’est pas substitutif de la justice pénale, mais juste complémentaire. Ce parcours de sensibilisation a vu son début en mars 2019 dans le cadre du projet « Regard au-delà de la Prison », promu par l’association Centro Orientamento Educativo – COE et financé par l’Agence Italienne pour la Coopération au Développement,

Apres une première phase de sensibilisation sur la médiation pénale, avec l’appui technique du partenaire italien DIKE-coopération pour la médiation des conflits, la MJC avait organisé du 26 au 30 janvier 2020 des ateliers réunissant ex-détenus, victimes d’infractions, membres des familles des uns et des autres et acteurs institutionnels et sociaux pour réaliser une « médiation de communauté » avec l’implication directe de tous les parties prenantes à la commission d’une infraction.

Le caractère innovateur de cette activité était déjà clair pour le seul fait d’avoir réuni délinquants et victimes dans la même salle, de les avoir amenés à se parler ou au moins à se regarder dans les yeux. Surtout que les éléments fondamentaux de la médiation sont le volontarisme, la confidentialité et le non jugement, donc tous les participants se sont impliqués en se sentant totalement libres et en sachant que leurs histoires personnelles, qui ont été utilisées comme base pour des simulations, n’auraient pas pu sortir de ce cercle restreint.

A la sortie de cette rencontre tout le monde semblait satisfait et convaincu des bienfaits de la médiation. Mais qu’est-ce les participants pensent 5 mois après ? Est-ce que la participation à ce parcours a vraiment eu un impact positif sur la façon de vivre leur vie en tant que victimes ou auteurs d’une infraction ?

« Suite à cette rencontre, je me suis rendu compte que c’était plus facile pour moi d’accepter mes erreurs et d’assumer mes actes, chose que je ne savais pas faire avant – raconte Ibrahim, un des ex-détenus qui avait travaillé avec DIKE. « En plus je me suis rendu compte que j’avais besoin du pardon, j’ai eu envie de parler avec la victime qui a subi le tort que j’ai commis, j’ai regretté vraiment mes actes passés. Tout cela m’a permis de mieux projeter mon l’avenir et de laisser mon passé derrière moi ».

Abdourahman, qui avait participé en tant que victime s’exprime aussi : « Je dois dire qu’avant de participer à cette rencontre j’avais un sentiment mélancolique, quand j’ai eu la possibilité d’exprimer tout ce que je ressentais dans moi devant des personnes qui avaient vraiment commis des crimes, je me suis senti comme si j’étais vraiment en face de la personne qui m’a blessé. Je dois dire que cela m’avait soulagé, j’ai eu la sensation de recommencer à vivre à partir de ce jour. »

La médiation ne doit pas forcement aboutir à un arrangement à l’amiable ou à un dédommagement pécuniaire, elle vise juste à fournir un espace protégé et neutre aux deux parties qui acceptent d’essayer de dialoguer, de se raconter leur propre version de l’histoire, afin de mieux élaborer un acte passé et douloureux pour eux mais aussi pour leurs communautés. La médiation apporte aussi un apaisement particulier à la victime, qui a rarement assez d’espace pour s’exprimer pendant les différentes étapes du procès pénale. Enfin la médiation nous rappelle que même le délinquant est un être humain, avec sa propre histoire, ses faiblesses, ses raisons : on ne doit pas forcement le pardonner ou l’excuser, mais déjà l’écouter sans jugement nous permet de le regarder d’une manière différente.

hurinews.com

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