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Cameroun : Opinion : De quel massacre des Bororos parlent le régime Biya et ses soutiens ?

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Depuis la survenue le 14 février dernier du massacre par l’armée et une milice locale pro-gouvernementale de jeunes enfants et de femmes enceintes à Ngarbuh, dans le nord-ouest anglophone du Cameroun, le pouvoir de Yaoundé et ses soutiens sont en train d’instrumentaliser un drame vécu quelques jours plus tard et non loin de là par une famille bororo (peuple autochtone) afin de détourner les attentions de l’incident de Ngarbuh. Pourtant, le calvaire que vit la communauté bororo dans le Southern Cameroons est en réalité la conséquence de l’utilisation de cette communauté par le régime de Paul Biya pour la création des milices en vue de terroriser les populations bantoues locales qui apportent leur soutien aux indépendantistes.

Commençons par adresser nos condoléances les plus sincères à la famille de Yusufa Kafoï qui a perdu 5 de ses membres le 16 février dernier au cours d’un raid des groupes armés séparatistes (du moins c’est la version des sympathisants du régime Biya) dans le village Mbui Bem, situé à Nwa, dans le Donga Mantung, au nord-ouest anglophone du Cameroun (nord du Southern Cameroons).  De sources locales, cette attaque sur le village Mbui Bem a également eu pour conséquence 11 blessés et une trentaine de maisons incendiées. Les victimes ne sont ni plus ni moins que des membres de la communauté bororo.

Les bororos sont un peuple autochtone qui vit dans le nord-ouest anglophone, notamment dans les localités telles que Wum, Santa, Pinying et Nkambe. Disons-le pour le regretter et loin de tout sentimentalisme,  honte à ces personnages sans cœur ni conscience, proches du régime de Paul Biya, qui utilisent cette communauté pour faire face à la guerre contre les indépendantistes armés dans le Southern Cameroons (nord-ouest et sud-ouest anglophones du Cameroun). Le tout n’est pas de dire « oui, le peuple  bororo est massacré en zone anglophone », le mieux c’est de comprendre pourquoi le peuple bororo est en danger dans ladite zone.

En effet, d’après les témoignages venant des populations locales, avant l’éclatement de la guerre d’indépendance le 30 novembre 2017, le peuple bororo vivait en parfaite harmonie avec les communautés bantoues locales. Jamais tensions communautaires n’ont été enregistrées dans les localités du Southern Cameroons où le peuple bororo est implanté. Mais depuis le 30 novembre 2017 que Paul Biya a déployé des contingents militaires entiers pour combattre les indépendantistes armés, les bororos nous sont subitement présentés par la propagande officielle comme victimes de massacres, de génocide, de la part des séparatistes armés.

Des milices bororos menacent de tuer

Mais ce que les affidés du régime Biya refusent de dire au monde entier est que le peuple bororo souffre en réalité de son instrumentalisation par le pouvoir en place en vue de contenir la lutte armée du peuple anglophone du Southern Cameroons. Fin mai 2019, une vidéo virale sur les réseaux sociaux montrait une dizaine de jeunes bororos munis de machettes et qui se disaient prêts à tuer. La scène se déroulait dans le vilage Naïkom, non loin de Wum, au nez et à la barbe de soldats camerounais qui commentaient la vidéo.

D’après des informations de sources dignes de foi, le pouvoir de Yaoundé et les élites anglophones locales entretiennent des milices bororos qu’ils arment de machettes et financent pour s’attaquer aux populations bantoues locales afin de les punir pour leur soutien au mouvement indépendantiste anglophone. A Wum, ces milices bororos s’attaquent régulièrement à la communauté bantoue aghem en tuant, en égorgeant, en saccageant les champs, en incendiant des cases villageoises, sous l’encadrement des militaires camerounais. Le massacre perpétré à Ngarbuh le 14 février dernier a révélé la présence de jeunes bororos parmi les miliciens qui ont aidé l’armée camerounaise à massacrer 36 civils dont 14 enfants et 3 femmes enceintes, selon des ONG camerounaises.

S’agissant de l’attaque perpétrée le 16 février (2 jours après le carnage de Ngarbuh) au village Mbui Bem sur des membres de la communauté bororo, les séparatistes armés peuvent bien être accusés d’avoir agi par mesure de rétorsion. La population bantoue locale acquise à la cause indépendantiste peut aussi avoir décidé de se venger sur les bororos après que les fils de ces derniers aient participé au massacre de Ngarbuh. Mais la question qu’il est important de se poser est de savoir comment curieusement ce sont les agents du régime Biya qui, sur les réseaux sociaux et dans les débats radio et télé, se sont érigés en défenseurs d’une communauté bororo « massacrée » par des « terroristes sécessionnistes », eux qui n’ont présenté aucun signe de compassion envers les familles des victimes de Ngarbuh ?

Des jeunes bororos du village Naïkom, munis de machettes et prêts à en découdre

Mboscuda

Pourquoi cet intérêt subit des soutiens du pouvoir de Yaoundé pour le peuple bororo en ce moment où la communauté internationale réclame justice pour les victimes de l’incident de Ngarbuh ? Et si l’assassinat des 5 bororos de la famille Yusufa Kafoï ainsi que l’incendie d’une trentaine de maisons à Mbui Bem était le fait des milices terroristes du régime Biya, dans le but de détourner l’attention, notamment des ONG internationales de défense des droits de l’homme, du massacre  de Ngarbuh. Pensons-y ! Surtout que le pouvoir Biya est champion dans l’art de la distraction. Le 25 mai 2019, pour divertir les regards de l’opinion tournée vers l’assassinat de Martha, un bébé de 4 mois tués par des soldats camerounais à Muyuka (sud-ouest anglophone) quelques jours plus tôt, le régime Biya a engagé une campagne de dénonciation de l’assassinat avec décapitation par de présumés séparatistes d’Olivier Wountaï, un enseignant en service à Bamenda. Pourtant, la vidéo virale sur les réseaux sociaux et montrant l’enseignant pris en otage sans doute par ses assassins (avant son exécution) donnent à penser que ces derniers n’étaient pas des séparatistes puisqu’ils parlaient français et un pidgin (parler local) qui n’a rien d’authentique.

Jusqu’ici, il est difficile d’établir les responsabilités dans l’attaque de la communauté bororo de Mbui le 16 février dernier dans le village Mbui Bem, sous réserves d’une enquête indépendante. Mais il n’en demeure pas moins que les bororos sont victimes de leur instrumentalisation par des hommes politiques sans foi ni loi et des pouvoiristes tapis dans des salons climatisés à Yaoundé, en ces temps de conflit en zone anglophone. L’Association de développement social et culturel du peuple bororo (Mboscuda) est par conséquent invitée à engager une campagne de sensibilisation de la jeunesse bororo vivant en zone anglophone sur les dangers qu’elles courent à être utilisés par des politiciens véreux et des éléments des forces armées qui les enrôlent dans des milices criminelles. Le gouvernement indépendantiste anglophone doit lui aussi mettre en garde les groupes armés ainsi que les populations locales sur les risques de généralisation que comportent la riposte aux actes de provocation des miliciens bororos, laquelle riposte cible le plus souvent des innocents.

Michel Biem Tong

 

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