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Cameroun : Opinion : Paul Biya et la communauté internationale ont-ils compris le problème anglophone ?

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En écartant totalement la mouvance séparatiste anglophone du dialogue qu’il a annoncé pour la fin de ce mois de septembre, Paul Biya, dans son discours du 10 septembre dernier, a choisi d’imposer sa vision à l’autre partie du conflit en cours dans le Cameroun anglophone tout en en ignorant les causes réelles. N’a-t-il rien compris ou alors fait-il semblant de ne rien comprendre ? Veut-il vraiment la fin de cette sale guerre qu’il a lui-même déclaré il y a deux ans ? Que la communauté internationale ne se laisse pas berner par cette nouvelle farce.

« Vous avez tant réclamé le dialogue, je vous donne le dialogue, le voilà », semble avoir voulu dire à l’opinion nationale et internationale Paul Biya à travers son message à la Nation du 10 septembre 2019. Des Camerounais acclament. L’ONU, le Commonwealth, l’Union européenne, l’Union africaine, la Francophonie et la France applaudissent d’une main. Les Etats-Unis observent.

Sauf qu’en annonçant le dialogue tant attendu en vue d’une solution au conflit anglophone qui dure depuis bientôt 3 ans, le vieux autocrate a offert un contenant sans son contenu : un dialogue dont il décide de qui va le conduire, de qui en seront les participants et de quoi on va discuter. Rien sur les causes réelles du conflit. Aucun médiateur international. La mouvance indépendantiste anglophone, partie au conflit, stigmatisée et écartée.

Ce que Paul Biya doit pourtant garder en mémoire est que le conflit anglophone n’est pas un problème interne au Cameroun au point d’associer au dialogue la partie francophone. Il s’agit d’un conflit de souveraineté sur le Southern Cameroons (actuelle régions anglophones)  entre la République du Cameroun indépendante depuis le 1er janvier 1960 et le Southern Cameroons dont l’indépendance fixée au 1er octobre 1961 s’est traduit en une annexion par la République du Cameroun en lieu et place du rattachement (traité) prescrit par les Nations Unies.

Deux cartes

Paul Biya doit se mettre dans la tête que la frontière qui sépare les deux Camerouns existe toujours depuis le traité de Versailles signé le 28 juillet 1919. Paul Biya devrait se souvenir que le 1er janvier 2010, son gouvernement a organisé le cinquantenaire de l’indépendance de la République du Cameroun (partie francophone), entérinant ainsi l’existence de 2 Camerouns.   Que Biya n’oublie pas non plus que le 20 mai 2010, il a reçu des émissaires des Nations Unies qui lui ont remis deux cartes : celle de la République du Cameroun et celle du Southern Cameroons.

La communauté internationale est aussi responsable de la situation que traverse le Southern Cameroons depuis une soixantaine d’années car plutôt que de rendre justice à son peuple, elle ferme les yeux sur tous les massacres perpétrés par des soldats camerounais sur des populations civiles sans armes vivant sur ce territoire et qui ne revendiquent que ce qui leur revient de droit, à savoir disposer d’elles-mêmes. Bien plus, certaines institutions internationales ont salué l’annonce de ce dialogue par Paul Biya alors que les causes réelles de ce conflit seront aux abonnés absents des thématiques qui seront abordés.

Pourtant, ces organisations internationales et des pays occidentaux (sauf les USA)  ne doivent plus continuer à s’accommoder de cette situation informelle de la République du Cameroun composée d’une partie francophone reconnue aux Nations Unies depuis le 20 septembre 1960 et une autre anglophone phagocyté et assimilée par cette dernière alors qu’elle est à la base un Etat dont l’indépendance a été accordée par l’ONU. L’appétit pour les ressources du sol et du sous-sol de ce territoire ne doit en aucun cas justifier qu’on foule aux pieds le droit de tout un peuple à disposer de lui-même. Cela n’est pas acceptable !

Michel Biem Tong

 

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