Accueil»Dernières Infos»Cameroun : Scandale : L’armée exécute sommairement le chef d’une de ses milices en zone anglophone

Cameroun : Scandale : L’armée exécute sommairement le chef d’une de ses milices en zone anglophone

0
Partages
Pinterest Google+

Lucas Fonteh alias General Mad Dog a été tué par des soldats camerounais ce 6 septembre 2020. Brigand reconnu dans la ville de Bamenda, General Mad Dog était à la tête d’un gang mis à contribution par de hauts gradés de l’armée camerounaise dans cette localité du nord-ouest anglophone pour ternir l’image de la lutte d’indépendance du peuple anglophone aux yeux de l’opinion internationale. Son assassinat a été maquillé en neutralisation d’un chef séparatiste au cours d’affrontements armés.

La presse camerounaise a annoncé en début de cette semaine la neutralisation ce dimanche 6 septembre 2020 par l’armée camerounaise d’un chef séparatiste au nom de Fonteh Lucas plus connu sous le pseudonyme « Général Mad Dog » dans la ville de Bamenda, capitale du nord-ouest anglophone du Cameroun (nord du Southern Cameroons territoire en quête d’indépendance). D’après un communiqué de la division de la communication du ministère de la Défense (MINDEF) rendu public à cette même date, « une opération savamment planifiée par l’état-major interarmées de Région (RMIA 5) et conduite par le 3e BIR (Bataillon d’intervention rapide) a permit (sic) la neutralisation de Fonteh alias Mad Dog ». Sur la base des informations et indices glanés, hurinews.com est à même de vous dire avec autorité que General Mad Dog a été exécuté sommairement par des soldats, qu’il n’a jamais été un chef de groupe séparatiste armé mais un chef de gang de sinistre réputation à Bamenda au service de l’armée camerounaise pour la contre-révolution. Fonteh Lucas était reconnu dans la ville depuis près de 20 ans comme un bandit de grand chemin.

En effet, les circonstances de son assassinat laissent croire qu’il n’est pas tombé sur le champ de guerre. Sinon, où sont les corps des autres membres de son groupe armé censés combattre à ses côtés surtout quand on sait que les « généraux » séparatistes ont souvent une garde rapprochée ? D’après les témoignages des habitants de Bamenda, Mad Dog a été tué dans la nuit du 5 au 6 septembre au quartier Ntasen et son corps a été transporté jusqu’à Liberty Square plus précisément au lieu-dit City Chemist. De plus, le corps de Lucas Fonteh présente un impact de balle au niveau de la cage thoracique et un autre à la cuisse droite. Preuve s’il en était encore besoin qu’il s’agit d’un assassinat ciblé (et partant d’une exécution sommaire) et non d’une neutralisation au cours d’affrontement armé. Dans ce cas, on s’attendrait à voir son corps criblé d’impacts de balles et on aurait également vu son armement au côté de sa dépouille.

Lucas Fonteh alias Mad Dog

Décapitations

En réalité, d’après un soldat en service à la Région militaire inter-armées N°5 basé à Bamenda qui s’est confié à l’auteur de ces lignes, General Mad Dog et son gang travaillaient en étroite collaboration avec des soldats camerounais pour des missions secrètes telles que tuer et décapiter civils comme hommes en tenue (policiers, gendarmes, militaires anglophones soupçonnés de sympathie avec la cause indépendantiste) et répandre des images de ces crimes sur les réseaux sociaux dans le but de jeter le discrédit sur la lutte d’indépendance du peuple anglophone, de faire passer les groupes armés indépendantistes pour des groupuscules criminels et terroristes aux yeux de l’opinion internationale : « les hommes de General Mad Dog sont impliqués dans la décapitation de l’officier de police Mwana Paul le 21octobre 2019 à Bamenda. Certains hauts gradés ici à la RMIA comme le colonel Mounchili Emmanuel étaient au courant de cet assassinat et détenaient la photo de Mad Dog dans leurs téléphones. L’officier de police originaire de Balikumbat (nord-ouest anglophone, ndlr) était soupçonné de sympathie avec les groupes armés séparatistes parce qu’il rentrait souvent de son village où ils sont présents, saint et sauf. La veille de son assassinat, il a reçu des menaces de mort », raconte le jeune soldat qui a requis l’anonymat.

Le groupe de Mad Dog travaillait également avec Nkonda Titus, ancien soldat de la Marine anglaise et activiste anglophone proche du pouvoir de Yaoundé, basé à Londres en Angleterre. Administrateur de la page Facebook DDR Cameroon, du site d’information kontripipo.com, des pages YouTube et Twitter Ma Kontri Pipo Dem (MKPD), Nkonda Titus est celui qui reçoit les vidéos des crimes horribles du gang de Fonteh Lucas pour les répandre sur la toile en accusant les séparatistes d’avoir commis les crimes. Le 21 août dernier, Fonteh Lucas était à la tête d’un groupe de braqueurs composé sans nul doute d’éléments des forces de sécurité camerounaise qui a emporté une importante somme d’argent d’une microfinance à Bamenda. D’après la vidéo de ce braquage qui a circulé sur les réseaux sociaux, en dehors de Fonteh Lucas qui s’exprimait en anglais, le reste du gang parlait français (la plupart des militaires, gendarmes et policiers affectés dans la zone anglophone s’expriment en français). De plus, le véhicule RAV4 qui transportait le gang appartenait à un certain Nka Valery, inspecteur de police en service au commissariat de Nkwen à Bamenda. Après avoir utilisé Mad Dog pour des sales besognes, ses partenaires du crime l’ont sacrifié. Le partage du butin a-t-il mal tourné ? A-t-il été exécuté par crainte qu’il ne livre certains secrets ? Mystère et boule de gomme.

Michel Biem Tong

tongbiem@gmail.com     

Commentaires

commentaires

Article précédent

Cameroun : Détention arbitraire : Malade, en prison depuis 2 ans sans jugement, un prélat crie à Paul Biya

Article suivant

Côte d’Ivoire : Justice : Deux détenus proches parents de Guillaume Soro enlevés d’un hôpital