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Cameroun : Sebastien Ebala : « Je soutiens Sisiku Ayuk Tabe »

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L’activiste politique camerounais très connu sur la scène médiatique yaoundéenne revient sur la situation du président du conseil de gouvernement de l’ « Ambazonie » et des 11 membres de son staff kidnappés au Nigéria et déportés au Cameroun le mois dernier. Sébastien Ebala parle également du vent de révolution  baptisée « le Mouvement du Chassement » visant à faire partir Paul Biya du pouvoir qui s’annonce au Cameroun.

Que vous inspire les conditions de la déportation du Nigéria vers le Cameroun de Sisiku Ayuk Tabe et de son staff ?

Après avoir analysé tous les contours de ce qui concerne la protection des droits réfugiés, je me suis rendu compte que cette extradition s’est faite en violation de la convention des Nations Unies sur la protection des réfugiés politiques ou des exilés. Parce qu’en réalité, lors de la dernière interview que nous avons eu quelques jours après l’interpellation de Sisiku Ayuk et Cie au Nigéria, j’avais dis que je m’en remettais à la responsabilité au sens patriotique, républicain et démocratique du président nigérian Muhammadou Buhari qui a été élu démocratiquement. Et connaissant un certain nombre de chose sur la nature du pouvoir de Yaoundé, il se serait méfié d’extrader Sisiku Ayuk au Cameroun. S’il existait une convention d’extradition entre le Cameroun et le Nigéria, il fallait que le Cameroun introduise une demande d’extradition auprès des juridictions nigérianes afin que ces dernières puissent l’étudier et de décider à l’issue d’un procès si l’extradition est possible et si un procès équitable leur est garanti une fois au Cameroun. Malheureusement, la loi du plus fort a triomphé, les règles ont été piétinées et jusqu’aujourd’hui, on reste dans l’expectative.

Justement d’après le gouvernement camerounais, ils sont annoncés au secrétariat d’Etat à la défense (SED) à Yaoundé mais les indépendantistes anglophones estiment qu’ils ont été tués au Nigéria, est-ce votre avis ?

Déjà le 11 janvier, soit quelques jours après leur extradition, j’étais du côté du palais des Sports de Yaoundé à une cérémonie. J’étais en pleine causerie avec un professeur d’université dont je vais taire le nom qui est passé maître de conférence à l’Université de Yaoundé II-Soa et est le fils d’un ponte du régime. Il m’a confié que connaissant les méthodes répressives et criminelles du régime de Yaoundé, il est fort possible que Sisiku Ayuk ait été extradés le même jour que son arrestation et qu’une fois au SED, il ait été livré à la vindicte des gendarmes subalternes et lynchés par ces derniers qui l’accusaient d’être le commanditaire de l’assassinat de certains de leurs chefs.

L’activiste Sébastien Ebala

Lorsque les indépendantistes disent qu’ils ont été tués après leur arrestation, je ne remets pas cela en doute mais je dirais que c’est le souhait du régime de Paul Biya qui est un régime criminel et connaissant le SED qui dispose d’une brigade criminelle, d’escadrons de la mort qui sont là pour exécuter des sales besognes, je ne douterai même pas de ce que ces gens ne soient plus vivants. On vous dit qu’ils ont été extradés mais leurs avocats qui ont essayé de les rencontrer se sont vus opposer une fin de non-recevoir. Qu’est ce qui se cache derrière tout ceci ? Eux-même ils savent que s’ils permettent à leurs avocats d’entrer en contact avec eux, ces derniers vont découvrir l’anomalie physique dans laquelle ils se trouvent. D’après certaines informations, Sisiku Ayuk Tabe a été sauvagement lynché et physiquement, il a été amoché. En tant que chrétien, je soutiens Ayuk Tabe non pas que je soutiens la division du Cameroun mais parce qu’il est le porte-parole d’une minorité qui est marginalisée, discriminée, qui est mise de côté par l’arrogance d’un système qui n’a jamais voulu du dialogue.

En tant que chrétien, je soutiens Ayuk Tabe non pas que je soutiens la division du Cameroun mais parce qu’il est le porte-parole d’une minorité qui est marginalisée, discriminée, qui est mise de côté par l’arrogance d’un système qui n’a jamais voulu du dialogue.

Et c’est l’occasion de vous demander pourquoi Paul Biya refuse le dialogue alors que sur le terrain, la situation se dégrade du jour au lendemain, beaucoup de militaires sont tués par des mouvements rebelles indépendantistes ?

C’est mal connaître Paul Biya. Référez-vous aux mémoires de William Aurelien Eteki Mboumoua. Quand il était ministre de l’Education nationale au début des années 1960, Paul Biya était son secrétaire général et le président Ahidjo lui ayant demandé de faire un rapport sur Paul Biya, Eteki Mboumoua a mentionné que Paul Biya est inapte à diriger les hommes. Il ne veut pas dialoguer parce qu’il n’a jamais été appelé à diriger les hommes, il est arrivé au pouvoir comme un cheveu dans la soupe. Il a une posture arrogante, méprisante et condescendante au point de penser qu’après lui, le Cameroun n’existera plus. Et il faut également dire que Paul Biya se plie à la volonté de la France qui n’a jamais voulu d’un président de la République anglophone au Cameroun. Cette arrogance a amené les indépendantistes anglophones à utiliser la méthode violente pour se faire entendre, même si je suis contre la violence, je me dis cependant que c’est le seul moyen pour eux de se faire entendre. Parce que M.Biya est dans la posture de la ruse et de la reproduction ethnico-tribale parce qu’il est entouré d’un groupuscule de proches collaborateurs qui veut confisquer le pouvoir au nom de la tribu plus connu sous le nom de G-Bulu…

Attention au piège du tribalisme…

Non ce n’est pas du tribalisme, M.Biem Tong, quand on parle du G-Bulu, je ne parle pas du bulu (l’ethnie de Paul Biya, ndlr) lambda qui misère, qui souffre, je parle de ces apparatchik bulus qui se sont enrichis sans cause et qui ne peuvent exister qu’en restant aux affaires. L’écrivain Enoh Meyomesse a cité ces derniers. Dans les arcanes du pouvoir, ils sont dans une posture pernicieuse, ce sont eux qui enracinent la corruption mais jettent des citoyens à la vindicte populaire au nom de l’Opération Epervier de lutte contre la corruption. Marafa Hamidou Yaya (ancien ministre incarcéré pour corruption, ndlr) par exemple, dans une des ses lettres ouvertes, vous avait dit que Bonivan (neveu de Paul Biya, ndlr) avait adressé une lettre à Paul Biya l’accusant d’être en train d’élaborer un plan pour déstabiliser le Cameroun et prendre le pouvoir. Ce qui était un gros mensonge. Vous avez par exemple le directeur du Cabinet civil (Belinga Eboutou, ndlr), qui est le financier d’un certain nombre de journaux que vous connaissez et d’une télévision mille collines que vous connaissez aussi, vous avez Louis Paul Motaze (ministre de l’Economie, ndlr), vous avez Edgard Alain Mebe Ngo’o (ministre des Transports, ndlr), vous avez Mme Libom Li Likeng qui est comme le bras séculier et financière de ce G-Bulu. Directrice des Douanes à une certaine époque, elle est aujourd’hui ministre des Postes et télécommunications. Donc le G-Bulu existe. Les Anglophones ont donc le droit de s’exprimer ainsi parce que les premiers « sécessionnistes » ce sont ces membres du gouvernement.

Quelle solution préconisez-vous donc pour une sortie de crise ?

Lors de la dernière interview que j’ai eu avec vous, je vous avais dit que la seule solution c’est le départ de Paul Biya du pouvoir. Et je le réitère aujourd’hui. Paul Biya est un danger pour un semblant de vivre-ensemble au Cameroun.  La deuxième proposition est qu’il faut un gouvernement transitoire dans lequel on retrouvera la société civile, les partis politiques sérieux, le clergé avec des membres tels que le cardinal Christian Tumi, Mgr Kleda, des chefs traditionnels et certains analystes socio-politiques. Après la mise en place de ce gouvernement transitoire, nous allons nous asseoir autour d’une table et écouter ces indépendantistes qui feront des propositions. Et je partage l’avis du Sénateur Nfon Mukete sur un fédéralisme à 10 Etats. Mais que ce soit un fédéralisme équitable qui, avec les moyens financiers à disposition, permettra aux Etats d’asseoir l’autonomie de leur gestion.

Paul Biya est un danger pour un semblant de vivre-ensemble au Cameroun.

J’invite également les personnalités telles que Maurice Kamto, Christopher Fomunyoh à utiliser leur carnet d’adresse à l’international afin de sensibiliser la communauté internationale sur les violations massives des droits humains dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Si les indépendantistes ont pris les armes c’est pour répondre à la répression par le régime des mouvements de revendications légitimes des Anglophones. Ayuk Tabe n’est pas l’ennemi du Cameroun. C’est une personne qui dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas. C’est une personnalité qui assume ses convictions dans un environnement où les gens sont devenus hypocrites, tout comme moi tout comme vous qui assumez vos convictions et je tiens à vous féliciter pour votre courage car vous avez un journal qui a pignon sur rue et je vois en vous du Pius Njawe, du Norbert Zongo car un journaliste sérieux doit d’abord être engagé pour la cause des faibles, des marginalisés.

Sisiku Ayuk Tabe et son staff

Que pensez-vous du lancement par certains cyber-activistes camerounais de l’Opération « Terminus le Chassement » ?

C’est une initiative que je félicite et il est justement temps que les Camerounais aient le courage de leur conviction et l’affichent. Je le dit et je répète, Paul Biya partira en 2018 et s’il ne part pas, son règne risque s’achever par une insurrection populaire. Car le système de Biya est un système qui se nourrit de la corruption et de la prédation des ressources publiques. Regardez par exemple ces associations chères à la Première Dame Chantal Biya telles que le Cerac, Synergies africaines, etc., il s’agit des structures de recyclage de l’argent détourné au Cameroun. Lors du procès d’Emmanuel Gérard Ondo Ndong (ancien directeur du Fonds d’équipement intercommunal en prison, ndlr), le nom de Chantal Biya et de ses organisations caritatives ont été cités comme bénéficiaires de l’argent détourné au Feicom. Tout récemment encore, elle a lancé un magasin d’ameublement au quartier Bastos à Yaoundé, d’où lui provient autant d’argent quand on sait d’où elle vient, qui elle était avant de connaître Paul Biya ? Il est temps pour Paul Biya de partir et s’ils continuent de verser du sang des Camerounais dans la zone anglophone, il en répondra devant Dieu.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

 

 

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