Accueil»Dernières Infos»Cameroun : Sébastien Ebala : « Le Tribunal criminel spécial est un machin »

Cameroun : Sébastien Ebala : « Le Tribunal criminel spécial est un machin »

5
Partages
Pinterest Google+

L’activiste camerounais très connu des auditeurs de certaines émissions de débats radiophoniques à Yaoundé craint que les anciens hauts commis de l’Etat interpellés récemment dans le cadre de l’Opération Epervier n’auront pas droit à un procès équitable et que le Tribunal criminel spécial ne peut le leur garantir.

Quelle analyse faites-vous de la relance de l’Opération Epervier à quelques mois de la présidentielle 2018 ?

L’analyse de l’activiste que je suis en fait est qu’il s’agit d’une ruse, une volonté de sacrifier quelques personnes pour que  Paul Biya se positionne pour la présidentielle de 2018. L’Opération Epervier en elle-même ne devait plus exister. Elle a été déstructurée, désorganisée et mise à mal du seul fait que les arrestations étaient à tête chercheuse. Il est question de sacrifier quelques camerounais d’une certaine intelligence et autonomie sur le plan managérial et éthique.

Avant leur arrestation, des messages-portés ont été divulgés sur les réseaux sociaux par des responsables de la police et il y a aussi qu’il s’agit de personnalités mises sous mandat de détention provisoire alors qu’elles ont les domiciles connus ainsi que des garanties de représentation. Est-ce qu’il n y a pas atteinte à la présomption d’innocence ?

Le régime de Paul Biya a cette posture cynique de détruire psychologiquement les gens en utilisant les ramifications de la mafia parce qu’il faut dire que le système a été construit sur deux volets : ternir au maximum et déstructurer ces gens afin de préparer une convergence de vue à ce sacrifice suprême. Lorsque vous retrouvez ces messages-portés dans les médias, il s’agit en réalité des médias ou de personnes proches de ceux qui orchestrent dans l’ombre cette opération. Pour ce qui est des réseaux sociaux, vous êtes sans ignorer qu’ils sont infestés par des agents de renseignements. Parlant de la présomption d’innocence, je dirais que si nous étions dans un pays sérieux, on ne mettrait pas ces gens en détention avant de les avoir jugé. Car les détenir ainsi c’est préparer l’opinion à leur condamnation et mettre au pas la justice qui a été toujours été entre les mains de l’exécutif.

 

Comment concevez-vous le fait qu’on parle de lutte contre les détournements de fonds publics alors que non seulement  certains qui passent pour des intouchables tels que Louis Paul Motaze, Martin Belinga Eboutou, Paul Atanga Nji restent libres mais aussi Paul Biya qui pilote cette Opération Epervier alors qu’il a été  dénoncé par des organismes étrangers pour son enrichissement illicite ?  

Lors de la dernière interview que j’ai eu avec vous, je vous parlais d’un groupuscule appelé G-Bulu. C’est ce groupuscule qui orchestre ces arrestations dans l’ombre et qui prépare la succession soit par les armes soit en exécutant judiciairement tous ceux qui peuvent lui faire ombrage. Dans ce G-Bulu, vous avez Louis Paul Motaze qu’on présente aujourd’hui à l’opinion comme un excellent travailleur mais ce n’est que la face visible de l’iceberg parce que c’est un prétendant à la succession de Paul Biya  et neveu de ce dernier, en plus de cela il a détourné beaucoup de milliards de F CFA au ministère de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du Territoire (Minepat) à partir de la ligne budgétaire 94 de ce ministère. Un syndicaliste au nom de Pierre Nyemeck est en prison aujourd’hui alors qu’il a dénoncé chez Mbarga Nguele (patron de la police, ndlr) un détournement au Minepat impliquant Louis Paul Motaze. La juge Bahonoui (du Tribunal criminel spécial, ndlr) qui était en charge de ce dossier a plutôt jeté Pierre Nyemeck en prison.

L’activiste Sebastien Ebala

Ça fait pratiquement 2 ans qu’il est en prison…

Voilà.Donc les intouchables, ils sont nombreux, vous avez par  exemple Madame Libom li Likeng (ministre des Postes, ndlr), quand elle était Directeur de la Douane, il y a un certain nombre de choses qui lui ont été reproché notamment la domiciliation d’une certaine somme d’argent dans le compte bancaire de son  fils qui seraient « étudiant » aux Etats-Unis. Vous avez M.Martin Belinga Eboutou, ancien directeur du Cabinet civil  qui a puisé dans le Budget d’investissement public pour son école privée et la construction d’une église dans son village. C’est pour dire que l’Opération Epervier a un agenda caché, c’est de détruire tous ceux qui sur le managérial et éthique jouissent d’une certaine indépendance d’esprit et de baliser le chemin à la médiocrité et à la fainéantise. Vous avez le cas de Jean Foumane Akame qui a domicilié dans son compte privé des milliards de F CFA destinés à indemniser les victimes d’un crash d’avion de la défunte Cameroon Airlines. Vous avez Paul Biya lui-même qui a été classé 7e chef d’Etat africain le plus fortuné par le magazine Forbes avec 200 millions de dollars. Pour un fils de catéchiste, c’est énorme. Donc Monsieur Biya n’est pas qualifié pour faire arrêter tous ces gens et la justice à ses ordres ne peut pas leur garantir un procès équitable. C’est pourquoi toutes ces personnes détenues doivent cracher le morceau, dire tout, afin qu’elles soient amnistiées à l’avènement de la 3e République.

En dehors du Comité de Libération des Prisonniers Politiques, du Reseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale et de l’ONG Mandela Center qui ont toujours dénoncé cette purge politique, comment comprendre le silence des autres organisations de la société civile et même d’une bonne partie de l’opposition face à une telle dérive autocratique ?  

L’une des choses qui caractérise négativement l’homme camerounais c’est la traîtrise. La plupart des associations qui disent défendre les droits humains sont là pour défendre leurs prébendes. Cette posture taiseuse est symptomatique de la non-considération de la valeur humaine par l’homme camerounais. Même les populations camerounaises sont caractérisées par la posture de spectateur absolu, toujours à appaludir tout ce qui est négatif, de ne pas comprendre où se trouvent leurs enjeux. Pourtant ces associations et ces partis politiques doivent afficher leur détermination à défendre les violations des droits humains dont sont victimes les personnes jugées pour détournements au Tribunal criminel spécial qui, pour moi, est un machin. Parce que la plupart de ceux qui ont été entendu la-bas ne sont jamais rentrés libres de leur mouvement. Ceux qui ont eu la chance de repartir de là libre une première fois ont été interpellés et placés en détention provisoire à leur deuxième passage devant ce tribunal. L’opposition et la société civile, du moins une bonne partie, doivent se ressaisir et se tourner vers l’enjeu véritable qui est le départ de Paul Biya. Paul Biya n’est plus la solution pour le devenir de cette nation.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

Commentaires

commentaires

Article précédent

Cameroun : Scandale : Un directeur général de société accusé d’abus sexuel sur mineure

Article suivant

Cameroun: Opération Epevier: Le CL2P dénonce les atteintes à la présomption d'innocence