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Cameroun : Sortie de l’ambassadeur des USA : Cautionnent-ils le massacre des Anglophones ?

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Ils sont universitaires, hommes politiques, journalistes et acteurs de la société civile. Ils ont condamné la position des Etats-Unis en proclamant la souveraineté du Cameroun alors que ces derniers via leur ambassadeur au Cameroun ONT dénoncé des violations des droits humains dans le Southern Cameroon. Curieusement, quand ils ne sont pas silencieux quant au sang versé dans le Cameroun anglophone, ils encouragent ou se taisent face aux attitudes criminelles de l’armée camerounaise.  

 

A une époque proche ou lointaine, ils ont représenté l’espoir d’un peuple camerounais meurtri et mordu dans sa chair par une dictature assoiffée de sang et des larmes de souffrance et de mal vie. Ils ont été par le passé des critiques acerbes  du syndicat de criminels qui tient le pays en otage depuis 36 ans.

Mais leur position on ne peut plus ambigüe au sujet de la position récente des Etats-Unis via son ambassadeur au Cameroun, Peter Barlerin, laisse songeur et amènerait plusieurs observateurs politiques à se demander pour qui roule ce beau monde. Pourtant, l’ambassadeur a dénoncé des « assassinats ciblés » de civils par l’armée dans le Southern Cameroon.

Est-ce donc à dire qu’ils cautionnent ces violations des droits humains ? Pourquoi ne crient-ils pas souvent à l’ingérence quand, au nom du droit d’ingérence humanitaire, les Etats-Unis publient chaque année un rapport sur l’état des droits de l’homme au Cameroun ? Ils sont qui acteur de la société civile, qui homme politique, qui universitaire regroupés comme suit :    

Charles Tchoungang, avocat et ancien bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun« L’immixtion de l’ambassadeur américain dans les affaires internes du Cameroun, un pays souverain, est inacceptable…que les Américains nous laissent régler nos propres problèmes », a déclaré le 21 mai dernier, l’ancien président de l’Organisation camerounaises des droits de l’homme (Ocdh) au journal de 20H d’Equinoxe TV, une télévision privée basée à Douala. L’avocat est pourtant conseil de plusieurs militants anglophones incarcérés dans les prisons camerounaises.

Ekane Anicet, opposant camerounais : « Les Etats-Unis sont très mal placés pour faire la morale sur le plan éthique à notre armée, les Etats-Unis sont passés maîtres dans l’art des assassinats ciblés, et qu’est-ce que l’armée camerounaise devrait faire ? Tirer sur la foule ou alors cibler ceux qui commanditent les assassinats ? », a déclaré Anicet Ekane dans une vidéo posté le 24 mai dernier à 14h42 sur sa page Facebook. Cet opposant qui fut président du Manifeste pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem) fait partie de ceux arrêtés au début des années 1990 dans le cadre de l’affaire dite Yondo Black.

Banda Kani, opposant : ancien cadre du Manidem et président d’un parti politique obscur, Banda Kani est un habitué des plateaux de débat sur la chaîne panafricaine Afrique Média. Au cours d’une des récentes éditions du « Débat panafricain », Banda Kani a traité l’ambassadeur des USA au Cameroun de « voyou », de « fainéant », d’ « idiot ». Parlant de la minorité anglophone, il a déclaré que « vous avez une partie du Cameroun qui dit qu’ils ne sont pas des camerounais, qu’ils sont des ambazoniens, et vous voulez nous obliger à les considérer comme des Camerounais ? à les traiter comme tel ? ». Difficile de ne pas  y voir un appel à l’usage de la méthode forte contre les ressortissants du Southern Cameroon qui revendiquent leur droit à l’autodétermination depuis 1961.

Djeukam Tchameni, opposant camerounais basé au Burkina Faso : « Allez s’acoquiner avec une puissance étrangère connue pour sa malfaisance pour détruire son propre pays est un acte qui ne nous différencie nullement du Biya que nous combattons », a écrit le  25 mai dernier à 16h 46 Djeukam Tchameni sur sa page Facebook. Ce dernier, deux jours plus tard à 19h 14 sur son profil Facebook, en a rajouté une couche : « Les partisans du fédéralisme ethnofachistes (sic), les supporters de la division et de l’éclatement du Cameroun, les esclaves nés qui rêvent que l’étranger viendra les sauver, les bandits rdpcistes et biyaistes qui êtes au pouvoir,….Sachez que vos jours sont comptés ». La publication de cet ancien membre de Cap Liberté, plate-forme d’organisation de la société civile très célèbre au début des années 1990, intervient quelques jours après les massacres d’une trentaine de jeunes par l’armée à Menka, dans le Southern Cameroon.

Mathias Eric Owona Nguini, universitaire et chercheur : Dans l’une de ses pages Facebook, Mathias Eric Owona Nguini a condamné l’ingérence des Usa dans les affaires du Cameroun. Par ailleurs, au cours de l’émission de débat Canal Presse diffusée sur  Canal2 en septembre 2017, Mathias Eric Owona Nguini en est arrivé à un pugilat verbal avec son collègue universitaire Claude Abe lorsque ce dernier soutenait qu’il existe un problème anglophone au Cameroun : « il n y a pas de problème anglophone au Cameroun », a répondu Mathias Owona Nguini au Pr Abe. Le chercheur en science politique pourtant très critique envers le pouvoir de Yaoundé il y a quelques années a surpris bon nombre de Camerounais par ses prises de positions radicales contre les revendications anglophones sur la forme fédérale de l’Etat illégalement modifié en 1972. Les titres de ses publications dans la presse tels que « la République vivra », « le péché des Anglophones est d’avoir des ascendants francophones », « c’est dans un Cameroun uni que nous pouvons examiner toute revendication » laissent croire que dans le cadre de la crise anglophone, Mathias Eric Owona Nguini apporte son soutien à l’aile radicale du pouvoir face aux revendications anglophones.

Les jeunes massacrés le 25 mai dernier à Menka, dans le Southern Cameroon

Garga Haman Adji, opposant politique : « On a des policiers qui tuent les Noirs aux USA », a répondu à un journaliste le 20 mai dernier au sortir du défilé à Yaoundé Garga Haman Adji, président d’un parti d’opposition au Cameroun. Le confrère lui posait la question sur son point de vue au sujet de la sortie de l’ambassadeur des Etats-Unis. Comme pour dire que les Etats-Unis n’ont pas à dire au Cameroun que son armée procède à des assassinats ciblés dans le Southern Cameroon parce que c’est son lot quotidien et que comme aux USA, les militaires doivent s’en prendre aux civils dans le Cameroun anglophone.

A toutes ces personnes, on pourrait ajouter Ernest Obama, directeur de la chaîne de télévision privée pro-Biya Vision 4 qui, au cours d’une édition de l’émission Tour D’Horizon, a invité les forces de l’ordre à « nettoyer » dans la zone anglophone et à perquisitionner dans les quartiers de Yaoundé qui abrite les communautés anglophones.

Puisque les Camerounais suscités sont si jaloux de la souveraineté du Cameroun, qu’ont-ils fait eux-mêmes, eux qui vivent au Cameroun, pour dénoncer les viols, les actes de tortures, les assassinats, l’incendie des maisons perpétrées par l’armée dans la zone anglophone ? Qu’ont-ils fait pour rappeler, à travers des sorties médiatiques ou alors des publications sur les réseaux sociaux,  à Paul Biya et son armée leur devoir de protéger les droits des populations civiles ? C’est justement ce silence ou des paroles empreints de connivence avec le pouvoir par lesquels s’illustrent certains leaders d’opinion au  Cameroun qui amènent des pays étrangers à monter au créneau pour dénoncer la dérive totalitaire du régime de Paul Biya ? Ne dit-on pas que la nature a horreur du vide ?

Michel Biem Tong

 

 

 

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