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Cameroun : Stop manipulation ! : Les assassins de Florence Ayafor courent toujours

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Le 10 juillet dernier, le ministère camerounais de la Défense a invité la presse dans les locaux de la Division de la Sécurité Militaire pour lui présenter deux des assassins de Florence Ayafor, gardienne de prison en service à Bamenda (nord-ouest anglophone) dont l’image du crime odieux a fait le tour des réseaux sociaux début octobre 2019. Mais tout porte à croire qu’il s’agit de deux innocents utilisés dans une campagne de communication engagée par le gouvernement camerounais pour gagner la sympathie de l’opinion internationale et enterrer cette affaire qui contient tous les indices d’un crime d’Etat.

Niba Innocent Akuma et Ngu Roger. Deux trophées de guerre brandis ce vendredi 10 juillet 2020 devant la presse camerounaise sur la cour de la Division de la Sécurité Militaire (SEMIL) du ministère de la Défense (MINDEF) à Yaoundé par les responsables dudit ministère. Il s’agit d’après la Division de la Communication du MINDEF de deux des présumés assassins de Florence Ayafor. Gardienne de prison en service à Bamenda, capitale du nord-ouest anglophone, Florence Ayafor a été enlevée par près d’une dizaine de jeunes gens le 29 septembre 2019 au village Pinying, non loin de Santa (nord-ouest) alors qu’elle revenait d’un deuil. Puis, la dame a été dénudée, mutilée à partir de ses parties génitales, trimballée à des centaines de mètres puis décapitée. Sa tête a été brandie comme une médaille en or par ses bourreaux. Les images de ce crime odieux ont fait le tour des réseaux sociaux et heurté les âmes sensibles tant sur le plan national qu’international.

A cette époque, votre journal en ligne hurinews.com (lire l’enquête ici), sur la base d’indices rassemblés, avait conclu à un crime d’Etat. Le communiqué du ministère de la Défense relatif à l’arrestation de ces deux jeunes gens présentés comme les assassins d’Ayafor vient davantage renforcer cette thèse. Au regard de la morphologie de ces deux jeunes gens, il est difficile de les reconnaître parmi les assassins visibles sur les vidéos. De plus, dans le communiqué rendu public par le chef de la Division de la Communication du ministère de la Défense (MINDEF), le capitaine de frégate Serge Cyrille Atonfack, il est indiqué que c’est grâce aux renseignements fournis par les populations du village Pinying aux agents SEMIL (en charge du renseignement et de la discipline militaire) que Niba Innocent Akuma  a été interpellé. De quelles populations s’agit-il quand on sait que c’est dans un village quasi-désert et loin des regards de curieux que le crime a été commis ? Comment la population dont parle la Divcom du MINDEF a su l’endroit exact où se cachait Niba Innocent pour que la SEMIL aille lui mettre le grappin dessus alors qu’elle n’a pas vécu la scène ?

Les deux présumés assassins de Florence Ayafor

Nul doute que le ministère de la Défense, pour les besoins de la propagande politique et pour gagner la sympathie de l’opinion internationale, a jeté son dévolu sur deux jeunes gens n’ayant rien à voir avec l’assassinat de Florence Ayafor. Et même dans le cas contraire, cela donnerait à penser que les agents SEMIL connaissaient bien les assassins au point de les connaître nommément et de localiser l’endroit exact où ils se trouvaient. De quel qu’angle qu’on aborde le problème, il n’y a point de doute que l’assassinat de Florence Ayafor est un crime commandité par le sommet de l’Etat pour mener une campagne contre les séparatistes armés en plein grand dialogue national organisé du 30 septembre au 4 octobre 2019 pour trouver une solution à la crise anglophone. D’ailleurs, le communiqué du MINDEF du 10 juillet 2020 ne parle nulle part de deux membres d’un groupe armé séparatiste mais de « 2 suspects », de « gangs criminels », d’« hommes armés non identifiés », etc. D’après le communiqué, l’un des deux présumés assassins aurait été appréhendé à Douala et les séparatistes armés n’ont pas pour base la ville de Douala.

Si ce « gang de criminels » a agi avec autant d’assurance dans une zone en conflit, cela laisserait croire à n’importe quel enquêteur de police que le gang avait la garantie d’être protégé pendant l’acte criminel. Par qui ? Pas par les séparatistes car dans le communiqué du MINDEF, nulle part il n’apparait que l’exploitation des suspects ont permis de découvrir qu’ils sont membres d’un groupe armé séparatiste. En jetant un coup d’œil sur les vidéos du crime odieux de Florence Ayafor, l’on remarque que les auteurs de l’assassinat se sentent filmés. Or dans l’univers de la criminalité, le criminel s’assure toujours que son opération se déroule dans le strict secret. La publicité voulue par les bourreaux de Florence Ayafor est un indice de ce qu’ils agissaient pour le compte d’une organisation criminelle à laquelle ils sont affiliés et qui avait un intérêt à ce que ces vidéos soient produites. Et cette organisation criminelle c’est bel et bien l’Etat du Cameroun.

Pourquoi l’Etat du Cameroun est le commanditaire du crime de Florence Ayafor ? Comme nous l’avons démontré en son temps, le suspect N°1 dans cet assassinat s’appelle Nkonda Titus. Militaire camerounais en service à la UK Navy (Marine Anglaise), originaire de Widikum (nord-ouest anglophone), Nkonda Titus est un activiste basé à Londres en Angleterre qui administre les pages Facebook et YouTube Ma Kontri Pipo Dem dont le sponsoring est assuré par des membres du gouvernement camerounais (des sources bien informées avancent le nom du ministre de l’Intérieur, l’anglophone Paul Atanga Nji). En termes d’informations, Nkonda Titus travaille avec le ministère de la Défense (vraisemblablement la SEMIL) dans l’objectif de vanter les prouesses de l’armée camerounaise en zone anglophone. Nkonda Titus reçoit également des vidéos des gangs de voyous créés par l’élite anglophone basée à Yaoundé et Douala. Ces groupes de bandits commettent un certain nombre d’atrocités où montent des scènes de violence, en prennent des photos et vidéos qu’ils envoient à Nkonda Titus afin que ce dernier engage une campagne sur les réseaux sociaux en direction des ONG et de la communauté internationales contre les séparatistes armés.

Florence Ayafor, de son vivant

Dans l’affaire Florence Ayafor, l’activiste Nkonda Titus est celui qui, le premier, a reçu (sans doute des assassins) puis publié le 30 septembre 2019 (quelques heures après l’acte criminel) sur ses multiples plates-formes virtuelles les 2 vidéos de l’assassinat de la gardienne de prison. Et ce n’est pas tout. Dans la publication sur les réseaux sociaux qui accompagnent les deux vidéos, Nkonda Titus a donné tous les détails sur la victime : son nom, sa profession, son village d’origine, les circonstances de son assassinat, etc. Qui a fourni tous ces détails à l’activiste anglophone pro-Biya ? Qui a communiqué les mouvements de Florence Ayafor aux assassins ? Les services secrets camerounais dont la fameuse SEMIL est mis en cause car il y a de fortes chances que la gardienne de prison faisait l’objet d’une filature et était en ligne de mire du fait de son attention envers les prisonniers de la crise anglophone à la prison centrale de Bamenda. Bien plus, Nkonda Titus a publié la photo de l’un des assassins sur ses plates-formes virtuelles au nom d’Asobo Roger. Ce dernier a été bien identifié dans l’une des deux vidéos.

Que le commandant de la SEMIL, le colonel Emile Bamkoui, plutôt que de pourchasser les journalistes et activistes vent debout contre la dictature criminelle et crapuleuse de Paul Biya, prenne attache avec l’activiste Nkonda Titus (avec lequel il serait très lié, de sources bien informées) pour avoir des pistes qui le conduiront vers les vrais assassins de Florence Ayafor. Que les agents SEMIL mettent la main sur cet Asobo Roger et ils auront les identités de tous les autres membres du gang qui a tué de manière aussi cruelle Florence Ayafor. Le cinéma offert par le MINDEF ce 10 juillet 2020 est de très mauvais goût car les assassins (auteurs comme commanditaires) de la gardienne de prison courent toujours.

Michel Biem Tong

 

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