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Condamnation d’Ayuk Tabe et Cie : Que peut-on attendre d’un Etat voyou ?

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Après avoir au mépris des conventions internationales organisé le kidnapping des leaders indépendantistes anglophones en janvier 2018 par les services secrets nigérians et leur transfèrement au Cameroun, le pouvoir de Yaoundé a commandité leur condamnation à vie ce 20 août à l’issue d’un procès expéditif qui viole toutes les règles d’une procédure judiciaire équitable. Les appels à des négociations de sortie de crise venant de la communauté internationale n’était donc que brassage de vent pour le régime Biya qui persiste dans sa logique va-t’en guerre sans lendemains.

Déclaration de guerre sur fond de scandale judiciaire. Rien à voir avec le titre un film. Oh que si ! Pour un film d’horreur, le procès des 10 leaders indépendantistes qui s’est soldé par leur condamnation à vie ce mardi 20 août au levée du jour en est un. Le régime dictatorial de Paul Biya vieux de 37 ans ne fait que ça : s’inscrire dans l’horreur, l’ubuesque et même le ridicule.

On n’est donc plus surpris de voir des citoyens (des civils) condamnés devant un tribunal militaire à l’issue d’un procès expéditif de 15 heures de temps. On n’est plus surpris de voir des individus condamnés devant un tribunal dont la compétence est contestée devant les juridictions supérieures. On n’est plus surpris de voir des personnes condamnées alors qu’elles ont été kidnappés au Nigéria, déportés en catimini au Cameroun 2 semaines plus tard et gardés au secret pendant 10 mois au secrétariat d’Etat à la défense, le fameux SED à Yaoundé.

On n’est vraiment plus surpris au Cameroun de voir des réfugiés accusés de défaut de carte d’identité nationale alors qu’ils ont été enlevés dans un pays étranger et conduits de force au Cameroun. On n’est plus surpris de voir le Cameroun ignorer les décisions de la justice nigériane demandant le transfèrement des 10 leaders indépendantistes au Nigéria alors qu’au moment de leur déportation vers le Cameroun, les journaux à la solde du régime ont magnifié la coopération Cameroun-Nigéria.

HCR

La condamnation à vie de Julius Ayuk Tabe et 9 autres leaders indépendantistes ne peut surprendre que qui ignore la nature de l’Etat du Cameroun : Un Etat réputé  sauvage et voyou qui n’agit que suivant les pulsions grégaires de l’agrégat de gangsters qui l’incarne. Car il faut être de la race animale pour condamner à vie un être humain sans lui offrir la possibilité de se défendre. Sans la moindre preuve. Sans des témoins à charge. C’est à la fois horrible et scandaleux !

C’est d’autant plus scandaleux que ce procès s’inscrit en violation des textes internationaux notamment la Convention de Genève de 1951 sur la protection des réfugiés car les 10 leaders anglophones sont qui des réfugiés qui des demandeurs d’asile sous la protection du bureau nigérian du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) et l’ont prouvé au Tribunal militaire. Ce procès viole également les textes internationaux tels que la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte africaine des droits de l’homme qui prescrit le droit à un procès équitable.

Ce procès ayant abouti à la condamnation à vie défie également la communauté internationale qui ne cesse d’appeler à l’ouverture des négociations pour une paix durable dans le Cameroun anglophone. Laquelle paix passe par des mesures telles que la libération des prisonniers politiques de la crise anglophone. Plusieurs résolutions du Congrès américain (parlement) allant dans ce sens ont été votées. Mais le pouvoir Biya n’a en cure et a choisi le défi.

Escroquerie politique

Les partenaires extérieurs du Cameroun devraient donc se rendre compte de manière claire du niveau de blocage des négociations de sortie de crise. Il réside dans l’attitude va-t’en guerre du pouvoir de Yaoundé. Une attitude qui est de nature à compromettre la rentrée scolaire dans le Cameroun anglophone pour laquelle le même régime bat campagne depuis quelques semaines.

Cette attitude radicale tient également de l’histoire de la construction de l’Etat du Cameroun actuel. Un Etat construit sur la base du faux et de l’escroquerie politique qui a consisté pour la République du Cameroun (ex-Cameroun oriental français) à étendre sa souveraineté sur un territoire indépendant depuis le 1er octobre 1961 mais dont les institutions étatiques ont été mises à sac, les populations et les dirigeants élus démocratiquement assujetis, le fleuron économique détruit et la culture anglo-saxone anéantie.

Le défi des autorités camerounaises aux lois et à la communauté internationales tient simplement de la rétention sans droit du territoire d’autrui. Car comme qui dirait, hors-la-loi un jour, hors-la-loi toujours.

Michel Biem Tong

 

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