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Droit d’autodétermination : Voici pourquoi les revendications indépendantistes du peuple du Southern Cameroons sont légitimes

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Les violations répétées de la Charte des Nations Unies et des résolutions onusiennes aussi bien par l’organisation elle-même que par ses Etats-membres que sont l’Angleterre (en charge de gérer la tutelle sur le Cameroun britannique) et la République du Cameroun ont fourni au Southern Cameroons (devenu les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest de la République du Cameroun) des armes légales et même légitimes pour revendiquer son indépendance totale.

Les groupes armés indépendantistes anglophones sont certes en guerre contre les autorités de la République du Cameroun. Mais ils sont davantage et indirectement en guerre contre le système des Nations Unies car l’ONU détient une grosse part de responsabilité dans la dégradation du climat sécuritaire dans le Southern Cameroons. Car si l’ONU avait respecté la volonté exprimée par le peuple de ce territoire, si l’ONU avait veillé de bout en bout au processus de décolonisation de ce territoire jadis sous tutelle des Nations Unies, si l’ONU n’avait pas abandonné le Southern Cameroons à la merci de la France et de son valet la République du Cameroun à cause des richesses de son sol et de son sous-sol, on n’en serait pas à cette sale guerre qui dure depuis bientôt 4 ans. Et le feu qui embrase aujourd’hui le Southern Cameroons couve depuis la fin des années 1950.

En effet, à la fin de la Première Guerre Mondiale en 1918, le Kamerun sous protectorat allemand est partagé entre la France et l’Angleterre. La France obtient ¾ du territoire et l’Angleterre le ¼. Divisé par une frontière internationalement reconnue à la faveur du traité Simon-Milner de 1917 entériné par le traité de Versailles du 28 juillet 1919, le Cameroun est placé sous mandat de la Société des Nations en 1922 puis sous tutelle des Nations Unies en 1945. Le 13 décembre 1946, la France et l’Angleterre signent chacune en ce qui la concerne un accord de tutelle avec l’ONU pour administrer respectivement le Cameroun oriental et le Cameroun britannique. S’agissant de ce dernier, la Grande Bretagne va le diviser en deux parties : le Northern Cameroons intégré administrativement au nord du Nigéria et le Southern Cameroons (les deux régions anglophones actuelles du Cameroun) incorporé à l’est du Nigéria.

Le Southern Cameroons qui nous intéresse ici est donc dès 1947 administrativement intégré au Nigéria. A l’issue de la Conférence générale d’Ibadan en 1950, 13 parlementaires originaires du Southern Cameroons siégeaient à Enugu, à l’est ce pays encore sous domination anglaise avant son indépendance proclamée le 1er octobre 1960.  Puis arrive 1953. Se sentant mis en minorité par la majorité parlementaire nigériane et suite aux mauvais traitement qu’infligeait le peuple Ibo aux ressortissants du Southern Cameroons, les 13 parlementaires de ce territoire décide de quitter le parlement d’Enugu. En conséquence, lors de la Conférence de Londres qui s’est tenue du 30 juillet au 22 août 1953, la délégation du Southern Cameroons a demandé la séparation de l’Est du Nigéria. Ce que l’Angleterre a accepté et le Southern Cameroons est devenu une région semi-autonome avec pour capitale Buea. Le 1er octobre 1954, Emmanuel Lifafe Endeley est élu Premier Ministre du Southern Cameroons. Il sera battu le 1er février 1959 par l’opposant John Ngu Foncha lors des législatives. Comme quoi, le désir de liberté du peuple du Southern Cameroons ne date pas d’aujourd’hui.

Des fonctionnaires onusiens venus présenter 2 cartes du Cameroun à Paul Biya au palais présidentiel d’Etoudi le 20 mai 2010

Conférence de Mamfé

Dès 1959, à l’approche des indépendances des colonies africaines, la classe politique au Southern Cameroons était divisée au sujet de l’avenir de ce territoire. Les uns étaient pour une indépendance totale, les autres pour le maintien de l’intégration au Nigéria, d’autres encore favorable à la réunification d’avec le Cameroun. Pour trancher, Sir Phillipson Sydney, commissaire de l’ONU pour le Southern Cameroons a présidé du 10 au 11 août 1959 à Mamfe, la All-Party Conference, des assises réunissant toutes les tendances politiques à l’approche du plébiscite d’autodétermination. A l’issue d’un vote, 67% des délégations ont décidé que seules deux options de plébiscite soient retenues : voulez-vous obtenir l’indépendance en vous rattachant au Nigéria ou en faisant sécession du Nigéria en vue d’une indépendance totale ? La jonction avec la République du Cameroun n’était donc pas à l’ordre du jour parce que rejetée par la majorité écrasante des participants. Mais lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies du 6 octobre 1959, l’option de l’indépendance totale va être exclue sous le prétexte que le Southern Cameroons n’était pas économiquement viable pour accéder à une indépendance totale. Pourtant, lorsque la Guinée Equatoriale acquiert son indépendance de l’Espagne en 1975, elle est bien moins peuplé et plus pauvre que le Southern Cameroons. Mais passons.

L’indépendance du Southern Cameroons est donc l’une des aspirations profondes de la majorité du peuple de ce territoire depuis la conférence de Mamfe d’août 1959. Mais l’ONU a malheureusement transigé avec cette volonté populaire. Là réside l’une des causes lointaines du conflit armé en cours dans le Cameroun anglophone. D’ailleurs, dans un rapport intitulé Human Rights Abuses in the Cameroon Anglophone Crisis  et transmis à la chambre haute du parlement britannique le 30 octobre 2019,  la faculté de droit de l’université anglaise d’Oxford a souligné fort à propos que : « Removal of secession from the plebiscite remains a heated issue of contention in anglophone Cameroon » (traduction : l’exclusion de l’option de la sécession du Southern Cameroons [en vue d’une indépendance totale] par les Nations Unies demeure une question de controverse passionnée dans le Cameroun anglophone). C’est tout dire !

La Charte des Nations Unies, en son article 76-b, dispose que le but de la tutelle est de :  « favoriser le progrès politique, économique et social des populations des territoires sous tutelle ainsi que le développement de leur instruction; favoriser également leur évolution progressive vers la capacité à s’administrer eux-mêmes ou l’indépendance, compte tenu des conditions particulières à chaque territoire et à ses populations, DES ASPIRATIONS LIBREMENT EXPRIMEES DES POPULATIONS INTERESSEES… ». En déniant au peuple du Southern Cameroons la liberté de choisir de se séparer du Nigéria pour un Etat indépendant comme option de plébiscite, l’ONU a transigé avec « les aspirations librement exprimées des populations… » de ce territoire lors de la Conférence pré-plébisicite de Mamfe et partant, avec sa propre Charte. Pour parfaire le coup tordu, l’Assemblée Générale des Nations Unies vote le 15 décembre 1960, la résolution 1541 portant « Principes qui doivent guider les Etats Membres pour déterminer si l’obligation de communiquer des renseignements, prévue à l’alinéa e de l’Article 73 de la Charte, leur est applicable ou non » .

Le drapeau du Southern Cameroons (Ambazonie)

D’après le Principe VI de cette résolution onusienne : « on peut dire qu’un territoire non-autonome a atteint la pleine autonomie a) Quand il est devenu Etat indépendant et souverain b) Quand il est librement associé à un Etat indépendant c) Quand il s’est intégré à un Etat indépendant ». Après s’être vu refusé le choix d’être totalement indépendant, le Southern Cameroons n’était plus que réduit au statut de « territoire non autonome » libre de s’associer soit à la République du Nigéria (indépendante depuis le 1er octobre 1961), soit à la République du Cameroun (indépendante depuis le 1er janvier 1960 et membre des Nations Unies depuis le 20 septembre 1960). Toutefois, même cette résolution 1541 du 15 décembre 1960 sera foulée aux pieds par l’ONU, l’Angleterre (en charge d’exercer la tutelle au nom de l’ONU) et République du Cameroun.

Le 11 février 1961, à l’issue du plébiscite d’autodétermination, le Southern Cameroons, à 70,5% de votants, choisit le rattachement à la République du Cameroun contre 29,5% qui ont opté pour le rattachement au Nigéria. Le 21 avril 1961, à l’issue des travaux ouverts 2 jours plus tôt, l’Assemblée Générale des Nations Unies vote la résolution 1608 sur l’indépendance du Southern Cameroons. La France et la République du Cameroun ont voté contre cette résolution qui prescrit en son point 4 b que la tutelle de l’ONU prend fin (indépendance) le 1er octobre 1961 et en son point 5 qu’avant cette date : « l’Autorité administrante (l’Angleterre), les gouvernements du Cameroun et du Southern Cameroons doivent engager des discussions en vue de finaliser des accords à travers lesquels des politiques concertées et déclarées seront mises en place ». Malheureusement, cet accord tripartite devant contenir les clauses de l’union (association) entre la République du Cameroun et le Southern Cameroons n’a jamais été signé et par conséquent, la résolution 1608 du 21 avril 1961 n’a jamais été appliquée jusqu’à ce 26 août 2020 où nous mettons en lignes.

Le Southern Cameroons a été annexé

Dans une correspondance adressée le 6 décembre 2019 à l’ambassadeur du Cameroun au Brésil, Martin Mbeng, le maire de la Commune de Barueri (Etat de Sao Paolo au Brésil), Fabio Luiz Da Silva Rhormens va également souligner l’absence d’accord d’union entre les deux Camerouns et indiquer que l’existence légale du Southern Cameroons/Ambazonia est antérieure à 1961. Rappelons que le 3 décembre 2019, la commune de Barueri avait voté une motion de soutien à l’indépendance du Southern Cameroons. Au lieu de l’accord tripartite prévu dans la résolution onusienne 1608, le président de la République du Cameroun de l’époque, Amadou Ahidjo, va organiser dans la ville de Foumban (ouest) du 17 au 22 juillet 1961, une conférence constitutionnelle au cours de laquelle sera soumis à la délégation du Southern Cameroons, le projet de loi N°61-24 portant « révision constitutionnelle et tendant à adapter la Constitution du 4 mars 1960 aux nécessités d’un Cameroun unifié ». Comme quoi, les dirigeants démocratiquement élu d’un Etat sont invités à émettre un avis sur un projet de loi modifiant la Constitution d’un Etat voisin ! Pourtant, la résolution 1541 du 15/12/1960 des Nations Unies dispose en son principe VII-b que : « Le territoire associé doit avoir le droit de déterminer sa constitution intérieure, sans ingérence extérieure… ». De plus, en violation de la résolution 1608 du 21 avril 1961, l’Angleterre n’a jamais pris part aux travaux de Foumban pour la signature de l’accord tripartite. Le House of Parliament du Southern Cameroons n’a jamais vu trace de ce projet de loi adopté par l’Assemblée Nationale de la République du Cameroun et promulgué tout seul par Amadou Ahidjo le 1er septembre 1961.

Amadou Ahidjo et Paul Biya: deux suppôts de la Françafrique qui ont annexé le Southern Cameroons

L’annexion ou la nouvelle mise sous tutelle du Southern Cameroons a commencé par voie constitutionnelle le 1er septembre 1961, s’est poursuivie et achevée sur le plan politique le 30 septembre 1961 avec la remise du drapeau anglais par les autorités britanniques non pas au Premier Ministre démocratiquement élu John Ngu Foncha mais à Amadou Ahidjo, lors d’une cérémonie à Mamfé (Southern Cameroons) et par le référendum sur l’Etat unitaire organisé par Amadou Ahidjo le 20 mai 1972. Ce référendum qualifié de « coup d’Etat constitutionnel » par le constitutionnaliste camerounais (aujourd’hui membre du Conseil Constitutionnel) Pr Lekene Donfack, marquait l’intégration du Southern Cameroons dans la République du Cameroun comme partie intégrante du territoire de cette dernière. Or d’après la résolution 1541 du 15/12/1960 : « L’intégration doit résulter du désir librement exprimé des populations du territoire, pleinement conscientes du changement de leur statut, la consultation se faisant selon des méthodes démocratiques et largement diffusées… L’Organisation des Nations Unies pourra, quand elle le jugera nécessaire, contrôler l’application de ces méthodes ».

Or la décision de passer d’une République fédérale à une République unie du Cameroun fût une volonté unilatérale (« ma conviction, ma ferme conviction », a-t-il martelé ce jour-là) d’Amadou Ahidjo annoncée le 6 mai 1972 à l’Assemblée Nationale de la République fédérale à Yaoundé, de retour de Paris. Avant le référendum constitutionnel du 20 mai 1972, les autorités de Yaoundé ont fait publier des messages d’intimidation contre ceux qui s’opposeraient à ce référendum. Le vote en lui-même a été entaché d’irrégularités en ceci que dans certains bureaux de vote au Southern Cameroons, les populations avaient le choix entre « oui » et « yes » (qui veut dire oui). Dans des bureaux de vote comme l’Ecole des Arts de Bambili (Bamenda), le « no » (non) massif a été transformé en « yes » lors du décompte final. L’Organisation des Nations Unies n’a ni supervisé, ni entériné les résultats de ce référendum comme le stipule la résolution 1541. La République du Cameroun a donc par des manœuvres percinieuses et attentatoires aux principes et règles édictées par l’ONU assimilé le Southern Cameroons au point d’en faire ses deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. En janvier 1984, Paul Biya, au pouvoir depuis le 6 novembre 1982, a donné le coup de grâce en transformant la « République unie du Cameroun » en « République du Cameroun ».

Les autorités de Yaoundé sont hors-la-loi

De ce qui précède, qui de bonne foi et d’intellectuellement honnête peut dénier au peuple du Southern Cameroons (devenu Nord-Ouest et Sud-Ouest) son droit à une indépendance totale ? Surtout pas les Nations Unies. Car la résolution 1541 du 15/12/1961 dispose en son Principe VII-a : « La libre association…doit respecter l’individualité et les caractéristiques culturelles du territoire et de ses populations, et conserver aux populations du territoire qui s’associe à un Etat indépendant la liberté DE MODIFIER LE STATUT DE CE TERRITOIRE… ». Eh oui ! le Southern Cameroons a à l’heure actuelle pleinement le droit de « modifier son statut » en le faisant passer de « territoire associé à un Etat indépendant » à un territoire totalement indépendant car le Southern Cameroons n’est pas de droit une partie de la République du Cameroun. En effet, à partir du moment où le Southern Cameroons a été purement et simplement annexé par la République du Cameroun, à partir du moment où la résolution 1608 du 21 avril 1961 n’a jamais été respectée et appliquée, on demeure dans le statut quo ante (c’est-à-dire d’avant 1961) comme l’a souligné la correspondance de la commune brésilienne de Barueri à l’ambassadeur du Cameroun dans ce pays d’Amerique du Sud. Aussi, le Southern Cameroons est-il placé devant les 3 options que lui offre le principe V de la Résolution 1541 du 15/12/1960 : a) l’indépendance totale b) l’association à un Etat indépendant c) l’intégration à un Etat indépendant. Les revendications indépendantistes du peuple anglophone du Cameroun sont donc plus que légitimes.

Samuel Sako Ikome, prêtant serment comme président par intérim du Southern Cameroons (Ambazonia), dans le Maryland, aux USA

Que les tenants de bonne ou de mauvaise foi de la thèse du « Cameroun un et indivisible » se rendent donc à l’évidence que la République du Cameroun sous sa forme actuelle est un véritable scandale et une imposture juridico-politiques. Qu’ils (les Nations Unies avec) se rendent également compte qu’on ne peut pas construire une nation camerounaise avec d’un côté, un peuple qui a acquis sa souveraineté internationale le 1er janvier 1960 sans anicroche et de l’autre, un peuple auquel on a d’abord nié le droit d’être lui aussi maître de son destin sur son territoire et dont on a ensuite annexé ledit territoire, aboli les institutions, démantelé le tissu économique, un peuple qu’on a assimilé, torturé, massacré, emprisonné juste parce qu’il revendique depuis des décennies son droit de disposer de lui-même. C’est tout simpement impossible !

Que les hommes politiques, les intellectuels, les acteurs de la société civile, que les citoyens lambda vivant à Yaoundé, Douala, Bafoussam, Melong, Maroua et autres Eseka exhortent les autorités de la République du Cameroun à aller s’asseoir sur une table de négociations sous la médiation suisse où les causes profondes de ce conflit, evoquées plus haut, seront sans doute abordées, plutôt que de vouloir imposer un statut spécial et de reconstruire un territoire qui de droit n’est pas celui de la Répubique du Cameroun. Que les autorités de la République du Cameroun quant à elle fassent rentrer leurs soldats dans leurs casernes, arrêtent de faire l’arrogant et le fier-à-bras en qualifiant les Ambazonians Restorations Forces (séparatistes armés) et le peuple anglophone de sécessionnistes, de hors-la-loi et de terroristes car les brigands et malhonnêtes politiques depuis près de 60 ans, ce sont bel et bien elles. Et quand on est hors-la-loi, on ne se bombe pas le torse, on demande pardon à celui à qui on a causé du tort et la boucle pour de bon.

Michel Biem Tong

 

 

 

 

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