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Droits de l’homme : Le tableau sombre que présente l’Afrique Centrale

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Le Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale a rendu public le 5 juin dernier à Yaoundé un rapport sur la situation des droits de l’homme entre 2015 et 2017. La fraude électorale, les tripatouillages constitutionnels et la lutte contre le terrorisme sont d’après le Redhac facteurs de violations massives des droits humains en Afrique centrale depuis quelques années.

267 pages pour rendre compte de l’état des droits de l’homme en sous-région Afrique centrale entre 2015 et 2017. Le rapport a été dévoilé le 5 juin dernier à Yaoundé par le Réseau des défenseurs des droits de l’homme en Afrique centrale (Redhac). Et le tableau pour le dire est loin d’être reluisant. Du Cameroun, au Tchad en passant par la RCA, le Gabon, le Congo Brazzaville, la RDC et la Guinée Equatoriale, il n’est question que de détentions arbitraires, de procès inéquitables, des assassinats, des exécutions sommaires, des viols, des enlèvements, des atteintes à la liberté de presse, d’opinion et de manifestation ou de réunions.

Au Cameroun, le contexte de la lutte contre Boko Haram donne droit à des violations massives des droits humains depuis 2015. D’après le rapport du Redhac, des victimes d’exécutions sommaires ou extra-judiciaires ont été enregistrées dans l’Extrême-Nord. L’armée et des agents de la Délégation générale à la recherche extérieure (Dgre, services secrets). Ces derniers, d’après l’ONG, ont également entre 2015 et 2017 torturés des personnes en détention.

Les membres de la secte islamiste Boko Haram, coupable de crimes de guerre 

La lutte contre la secte islamiste Boko Haram a également donné droit à des procès inéquitables qui se sont soldés par des condamnations à mort. A en croire le Redhac, 300 personnes ont été condamnées à mort entre 2015 et 2017 pour « terrorisme ». De plus, la liberté de presse a été selon le rapport mise en péril, à en juger le procès de 3 journalistes que sont Rodrigue Tongue, Felix Ebole et Baba Wamè pour non dénonciation et celui du correspondant de RFI en langue haussa au Cameroun, Ahmed Abba. Le rapport accuse également Boka Haram de crimes de guerre. « Au moins 100 agents de nos forces de sécurité ont péri dans cette guerre de 2015 à 2017 », lit-on dans le rapport.

Crise anglophone au Cameroun

Aux violations des droits humains dans le cadre de la lutte contre Boko Haram s’est ajoutée la gestion par le régime de Paul Biya des mouvements de revendications anglophones  qualifiés de « terroristes » par le régime entre 2015 et 2017.  La crise anglophone charrie aussi son lot de violations des droits humains imputables tant au gouvernement qu’aux indépendantistes anglophones : procès inéquitables, détention arbitraire, exécutions extra-judiciaires des manifestants (une centaine selon le rapport), tortures, kidnapping, répression des manifestations pacifiques, violations du droit à l’éducation, d’accès à Internet, etc.

Manifestation d’un indépendantiste anglophone

Dans d’autres pays d’Afrique centrale, c’est le même enfer qui règne. En RDC, l’incertitude autour du calendrier électoral entraîne la répression des manifestations pacifiques, les atteintes à la liberté de presse des arrestations et détentions arbitraires, au moins 649 entre janvier et septembre 2015 selon le rapport du Redhac. Des militants anti-Kabila au sein de « Filimbi » et « La Lucha » sont également victimes d’intimidations, d’arrestations et de détention arbitraires de la part du pouvoir.  Les groupes armés opérant en RDC sont également mis en cause dans le rapport pour du fait des violences sexuelles, des enlèvements, des prises d’otages, des exécutions sommaires et extrajudiciaires.

Au Tchad, des droits humains ont été violés dans le cadre de la lutte contre la secte islamiste Boko Haram. Du côté du pouvoir comme de la secte, l’on a enregistré entre 2015 et 2017 des viols, des enlèvements de jeunes, des destructions des villages, les assassinats des forces de sécurité, des déplacés internes et réfugiés. L’adoption en 2015 de la loi anti-terroriste a entraîné la réinstauration de la peine de mort ainsi que les menaces sur la liberté des journalistes interdits de parler de la guerre contre Boko Haram. Les élections présidentielles d’avril 2016 au Tchad ont été marquées par des atteintes à la liberté de manifestations ou de réunion, par des arrestations et détention arbitraires, contre des opposants et acteurs de la société civile opposés à la candidature du président Idris Deby.

Un militant du parti au pouvoir torturé au Congo

D’après le rapport du Redhac, la période 2015-2017 au Gabon a été marquée par des atteintes à la liberté syndicale, d’expression, de réunion et de manifestation.  La crise postérieure à la présidentielle d’août 2016  a charrié son lot de violations des droits humains : exécutions sommaires, menaces, arrestations et détentions arbitraires des opposants, cyber-activistes et acteurs de la société civile dont les partisans du candidat Jean Ping contre Ali Bongo, président sortant.  A ce jour, plus de 400 personnes restent en détention dans le cadre des manifestations post électorales dans les conditions inhumaines et certains restent sans jugement à ce jour, selon le rapport du Redhac. Les défenseurs des droits humains qui luttent contre les crimes rituels sont également victimes de toute forme de harcèlement et de menaces.

groupe armé en RDC

Au Congo-Brazzaville, de nombreuses atteintes aux droits humains ont été enregistré avant, pendant et après la présidentielle de 2016. Notamment les interdictions des manifestations et réunions publiques des opposants qui dénonçaient la mascarade électorale, les menaces et intimidations contre les journalistes qui critiquent le pouvoir et la fermeture des organes de presse de l’opposition.  Même les partisans du président de la République Sassou Nguesso qui critiquait sa candidature à l’élection présidentielle de 2016. C’est le cas d’Augustin Kala Kala, torturé dans des centres de détention à Brazzaville.

Arrestation lors de la CAN 2015 en Guinée Equatoriale

La Guinée Equatoriale est d’après le rapport du Redhac l’un des plus dictatoriaux d’Afrique centrale. Dans ce pays, note le Réseau, il est interdit aux journalistes de critiquer le gouvernement. Entre 2015 et 2017, l’actualité des droits de l’homme a été marquée par « la crise sociale (Mal gouvernance, Impunité, Pauvreté, la répartition des richesses) et les violations des Droits Humains, la crise politique pré-électorale et électorale et les violations des Droits et atteintes aux libertés fondamentales, les menaces et représailles à l’encontre des défenseurs des droits humains, les arrestations et détention arbitraires notamment pendant la Coupe d’Afrique des Nations de 2015 qu’abritait la Guinée Equatoriale entre janvier et février 2015 et qui a suscité de vives contestations d’une partie de la population.

Les militaires de la MINUSCA dans les rues de Bangui en RCA

La même situation catastrophique en termes de respect des droits humains prévaut en République Centrafricaine d’après le rapport. La RCA est réputé pour être un pays instable du fait de la récurrence des coups d’Etat. Plusieurs groupes armés dictent leur loi en RCA depuis le renversement du président François Bozizé le 24 mars 2013 parmi lesquels la Séléka et les Anti-balaka.  Sur les parties du territoire qu’ils contrôlent, ces bandes armées brillent par  « les prises d’otages, les incendies criminels des maisons et les biens, des entraves à la libre circulation des personnes et des biens sur certains axes, les viols sur mineurs et sur les jeunes filles, l’enrôlement des enfants soldats, les pillages, assassinats ciblés, attaques à la grenade ». La MINUSCA, force onusienne de maintien de la paix en RCA s’illustre par des violences sexuelles sur des jeunes filles.

www.hurinews.com

 

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