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Mutinerie à Kondengui : Le message des prisonniers d’opinion anglophones au pouvoir de Yaoundé

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La mutinerie des prisonniers de la crise socio-politique dans le Cameroun anglophone ce lundi 22 juillet 2019 à la prison centrale de Yaoundé est un signal fort traduisant leur volonté de tourner le dos à la barbarie et au mépris de la personne humaine que représente la République du Cameroun et de se jeter dans les bras de « l’Ambazonie », autre nom de l’Etat du British Southern Cameroons que les Anglophones veulent restaurer après 58 ans d’une « union de dupes ».

L’atmosphère était très tendue ce lundi 22 juillet 2019 à la prison centrale de Yaoundé Kondengui. Détenus depuis plusieurs mois voire plusieurs années sans jugement et devant un tribunal militaire alors qu’ils sont pour la grande majorité des civils, une centaine de détenus de la crise socio-politique dans les régions anglophones du pays ont tenu à manifester leur ras-le-bol et à leur manière.

Autour de 23H, le bureau du chef de la discipline des détenus et la bibliothèque ont été saccagés puis incendiés, plusieurs locaux de certains détenus mis à sac, des anciens ministres victimes de l’Opération anti-corruption Epervier agressés, etc. Bien entendu, ces actes agression sur d’autres détenus sont à condamner avec la dernière énergie. Ce matin du 23 juillet 2019, à en croire des témoins, la prison centrale de Kondengui est un vaste champ de ruine. Pour contenir cette chienlit, le régime de Yaoundé a déployé autour et au sein du pénitencier la police anti-émeute et une unité spéciale de la gendarmerie, le GPIGN.

Une vue de la prison centrale de Yaoundé après les événements de la veille

Elles ont dû s’introduire à l’intérieur de la prison pour procédé à des tirs de sommation puis à des jets de gaz lacrymogène pour calmer le mouvement d’humeur. Des informations en notre possession font état de ce que plusieurs détenus de la contestation anglophone ont été extraits de leurs locaux ce matin du 23 juillet et conduits à une destination inconnue. Sans doute au secrétariat d’Etat à la défense chargé de la gendarmerie, le fameux SED, à Douala, Buea ou Bamenda.

Rejet de la République du Cameroun 

Nous ne nous attarderons pas sur ces événements qui sont connus de tous. Nous ne nous focaliserons pas non plus sur les revendications formulées par les détenus anglophones au cours de ce mouvement d’humeur telles que la longueur anormale des procédures, l’amélioration des conditions de détention et de nutrition qui sont connues des autorités camerounaises. Les images qui nous intéressent dans ce mouvement d’humeur c’est le chant de l’hymne de l’Ambazonie, d’une chanson à la gloire de Sisiku Ayuk Tabe, leader indépendantiste anglophone incarcéré. Il y a quelques semaines, cet hymne, le fameux« hail ! hail ! hail this land of glory !… », a retenti lorsqu’un détenu anglophone a été emprisonné dans une cellule de la prison après une bagarre.

En chantant cet hymne « maudit » en plein Yaoundé, les détenus anglophones ont voulu exprimer au pouvoir de Yaoundé et à la communauté internationale un rejet du modèle républicain que la République du Cameroun, via la France, impose à l’ex-British Southern Cameroon depuis le 20 mai 1972. Un modèle républicain fait de brimades, de tortures, d’arbitraire, de répression, de barbarie, d’arrogance, d’avilissement du citoyen réduit à un esclavage des temps modernes, etc. Rien à voir avec la vitalité démocratique, le respect des libertés et de la personne humaine qui faisaient partie de la culture politique de l’ex-British Southern Cameroon avant cette unité problématique avec la République du Cameroun indépendante depuis le 1er janvier 1960.

C’est ce rêve de retourner à l’Etat du British Southern Cameroon (appelé Ambazonie) que les détenus anglophones ont exprimé. Un British Southern Cameroon où le citoyen n’est point privé de liberté pendant plusieurs années avant que son délit ou son crime ne soit établi. Un British Southern Cameroon où les civils ne sont pas traînés devant les tribunaux militaires. Un British Southern Cameroon où des citoyens ne sont pas déportés à des centaines de kilomètres de leurs familles pour être détenus et jugés. En somme, c’est cette rupture avec une République aux méthodes de voyou qu’ils ont voulu exprimer. Au-delà de toute l’atmosphère qui a régné ce lundi 22 juillet à la prison centrale de Yaoundé.

Michel Biem Tong  

 

 

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