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Samuel Sakho Ikome : « Ma priorité c’est la révolution, la politique vient après »

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Président du gouvernement intérimaire de la République autoproclamée de l’Ambazonie (actuelles régions du nord-ouest et sud-ouest anglophone du Cameroun), Samuel Sako Ikome parle de l’état de la révolution anglophone, de sa légitimité vivement contestée par plusieurs factions de ce mouvement, de ses rapports avec les autres leaders séparatistes, etc. A titre de rappel, le peuple anglophone revendique la restauration du Southern Cameroons (aka Ambazonie), indépendant depuis le 1er octobre 1961 mais qui a été annexé par la République du Cameroun (ex-Cameroun oriental français).

 Vous avez été élu président actif de la République en devenir de l’Ambazonie en mars 2018, puis président à temps plein en novembre 2019, quel est votre engagement vis-à-vis du peuple du Southern Cameroons ?

Lorsque j’ai accepté le mandat du peuple de diriger la Nation dans son histoire la plus sombre, la plus douloureuse et la plus sanglante, j’ai prêté serment avec un rôle auquel personne n’a jamais revendiqué un droit permanent, pas même les dictateurs de la République du Cameroun (ndlr) comme Paul Biya qui a abrogé toutes les conventions internationales pour s’imposer comme un demi-dieu. Mon équipe a estimé qu’un gouvernement intérimaire comme le nôtre n’était là que pour servir jusqu’à ce que les habitants d’Ambazonie désapprouvent notre mandat ou décident de mettre fin à mon leadership. En héritant cette fonction à haut risque à la tête de l’Ambazonie, je savais qu’il n’y avait pas d’expérience parfaite pour passer un contrat de sécurité et il était clair pour moi qu’un État sans loi comme la République du Cameroun serait un mécanisme parfait d’atrocités. Ainsi, avec l’environnement et les conditions de survie dangereux et désespérés créés par les forces d’anarchie, de chaos et de destruction de la République du Cameroun, nous nous attendions à ce que notre société vulnérable et pacifique se questionne sur elle-même, sa révolution, son destin, son gouvernement intérimaire et sa nation. Lorsque des questions sont désormais posées, légitimes ou non, politisées ou non, fausses ou non … nous devons apporter des réponses car sans le peuple et ses sacrifices, nous ne serions pas ici pour présider au destinée de l’Ambazonie.

Vous avez été élu président actif quelques semaines après l’enlèvement au Nigéria puis la déportation au Cameroun de l’ancien président Sisiku Ayuk Tabe et 9 membres de son cabinet, quelles sont vos rapports avec Ayuk Tabe ?

Comme vous le savez peut-être, quand, en 2017, nos dirigeants, nos frères, nos sœurs, nos maris, nos épouses et nos enfants ont été enlevés au Nigéria et déporté au secret à La République du Cameroun, lorsque j’arrive à la tête du bureau après ce triste événement, j’ai immédiatement adressé une pétition au gouvernement fédéral du Nigéria. Nous avons intenté un recours devant la Cour fédérale du Nigéria et l’autorité judiciaire a rendu une décision favorable au retour au Nigéria des 10 membres de notre cabinet. Malheureusement, il y a toujours un manque de volonté politique dans ce système démocratique pour agir sur plusieurs de ces victoires juridiques de l’Ambazonie, tout comme cette affaire historique de 2002 au cours de laquelle le gouvernement fédéral du Nigéria a été enjoint par le juge en chef, RN Okeje, de saisir la Cour internationale de Justice (CIJ ) à notre nom et nous faisons tout ce qui est politiquement possible pour assurer l’indépendance du Southern Cameroons (alias LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D’AMBAZONIE). Sous la responsabilité du peuple et en tant qu’affaire interne, j’ai mis tous les moyens à la disposition de nos compatriotes et camarades qui sont illégalement détenus dans les conditions les plus déplorables. Ainsi, le leadership  en Ambazonie n’a jamais été une affaire d’Ayuk Tabe ou de Samuel Sako.  Cette image du leadership entre les mains d’un homme est peinte par les ennemis du peuple, elle est agitée par ceux qui agissent au nom de la révolution et elle est usitée par des aventuriers qui réduiraient un pays à un nom ou un bien personnel.

Quelles sont vos relations avec les autres leaders ambazoniens

Ma relation avec chaque ambazonien est un hymne national, une histoire d’amour culturelle, un lien familial et un devoir national. C’est pour cette raison que je partage les souffrances, les sentiments et les aspirations de notre peuple dans mon sacrifice. Parce que je sais que l’amour est l’expression émotionnelle la plus sacrée mais la plus contestée, je me suis donné l’expérience des sacrifices et avec une discipline qui respecte l’alliance de notre génération pour être libre de tout enchevêtrement avec la République du Cameroun. Ceux qui aiment notre Nation avec le vœu suprême associé au devoir de libération, n’ont pas besoin de courtoisies publiques ou de gestes personnels d’assurance, mais d’un engagement et de sacrifices sans faille. Je suis déterminé à sacrifier ma vie pour cela, et il ne peut y avoir de plus grand amour pour un frère, une sœur ou une nation que cela. En politique, vous voudrez peut-être jouer dans la même équipe avec tout le monde, mais même pas les aventures sportives, l’exode biblique dirigé par le capitaine Moïse ni la libération moderne d’Israël n’ont jamais réussi à tirer toute la richesse de l’humanité derrière les roues de Liberté. À un certain moment et à un certain stade, nous nous exprimerons par la plus grande cause et les valeurs qui préservent notre ascendance et notre destin communs.

Quelle est votre version des faits au sujet de la gestion des fonds levés dans le cadre de la campagne My Trip To Buea et que vous êtes accusé par vos adversaires dans la révolution d’avoir détourné ?

En ce qui concerne le détournement de fonds, je peux prendre n’importe quelle accusation de mon peuple, qu’elle soit authentique ou non, pour nous rester concentrés et fidèles à notre mission, mais lorsque suffisamment de faits sont maintenant connus du public sur des actes spécifiques et l’étendue exacte de la responsabilité, Je ne peux accepter que la partie de mon échec. J’ai conçu le concept de MTTB à une époque où tout devait recevoir un caractère national; My Trip To Buea (MTTB)est une preuve que nous réagissons à l’urgence et à la nécessité de l’époque, en tant que peuple et non en tant qu’individu ou groupe. C’était le projet pilote pour notre autosuffisance et la somme récoltée à juste titre a totalisé les raisons pour lesquelles les Ambazoniens se sont battus contre les oppresseurs à la tête de la République du Cameroun. Lorsque ce projet a été lancé, notre peuple faisait face à l’heure la plus sombre après avoir perdu son premier président et son cabinet au profit d’un syndicat criminel international et d’un réseau politique, mais les Ambazoniens ont répondu, chacun, avec un montant représentant le nombre de raisons d’être libres et de griefs contre la République. Ainsi, le danger était cette dernière qui a juré de nous faire échouer comme prévu initialement. Mais, permettez-moi de dire, nous avons sorti notre peuple d’un état de chagrin annihilant, nous avons ressuscité l’esprit ambazonien du découragement, nous avons rétabli l’espoir dans cette campagne de restauration, nous avons déclenché la fureur de la Nation, nous avons lancé le plus grand programme d’autodéfense et nous nous sommes ressaisis. Celles-ci, aujourd’hui, peuvent ne pas sembler beaucoup par rapport au mode d’alors, mais nous avons accompli beaucoup plus. Essayons de ne pas oublier que, bien que je ne proclame pas cela comme une victoire, mais en tant que nation dont nous sommes fiers, nous n’avons pas permis à la République du Cameroun de mettre fin à la fois à la vie de la Révolution et au destin d’Ambazonie en juste un acte diabolique. Il y a quelque chose qui mérite d’être mentionné, si chaque nation africaine peut tirer des leçons de nos institutions transparentes et de notre processus de responsabilité, il n’y aura aucune plainte de corruption nulle part sur le continent. Alors que j’ai soumis mon gouvernement à l’examen public par des experts, Paul Biya du Cameroun a fait tout ce qui était politiquement possible pour échapper à la responsabilité fiscale, à la responsabilité juridique et au contrôle moral. C’est l’un des domaines que nous connaissions, l’Ambazonie pourrait donner des leçons au reste du monde. Aujourd’hui, toute mon équipe est constitué de donateurs et de combattants pour des services largement volontaires et désintéressés, mais Paul Biya et ses sbires vident leurs citoyens de leur richesse et de leur prospérité. Comme le révèle le rapport d’audit du gouvernement intérimaire, il y a donc des personnes sous ma direction qui ont des engagements douteux, mais ces personnes ont depuis planté une tente avec leurs amis, révélant des traces et des liens avec la République du Cameroun. Donc, ce qui semble être une stratégie parfaitement falsifiée par le Cameroun pour saboter la Révolution de l’intérieur a échoué parce que les Ambazoniens ne dorment plus et nous ne buvons pas non plus 33 EXPORT (bière très célèbre au Cameroun, ndlr) au petit déjeuner.

Début mars dernier, le sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires africaines, Tibor Naguy, disait que la pire des choses dont l’Afrique a besoin c’est un nouvel Etat plein de pauvreté, pouvez-vous promettre au peuple anglophone que « l’Ambazonie » sera un jour une réalité ?

L’ordre politique mondial détient des bénédictions spécifiques et des promesses générales pour l’Ambazonie. Pour l’instant, les institutions et les nations préfèrent s’exprimer par consensus international qui privilégie plus que jamais les revendications et la position d’Ambazonie. Nous sommes engagés dans un processus diplomatique avec la République du Cameroun, et il y a certaines déclarations que nous ne pouvons pas rendre publiques pour l’instant. Mais, la reconnaissance politique de l’Ambazonie ne doit pas être une politique interne d’un Etat ou un consensus international, elle est et restera celle de la volonté invaincue et de l’esprit indéfectible du peuple. Nous continuerons à exploiter les opportunités quand et où elles peuvent apparaître et à garder chaque option ouverte, jusqu’à ce que nous soyons libres. Au moins chaque Ambazonien est conscient que ce combat pour la restauration de notre indépendance est tout pour nous et n’a rien à voir avec ce qu’une quelconque nation décide de faire de nos appels, nos cris, nos souhaits et nos sacrifices. Nous admirons le Dieu d’Ambazonie, la sueur de notre peuple, le sang de nos héros et l’intelligence surnaturelle de nos ancêtres. Comme dans les pays du monde entier, le concept de souveraineté et d’intégrité territoriale est inscrit dans la loi, garanti par la volonté du peuple et régi par l’ordre constitutionnel.

Des leaders séparatistes tels qu’Ayaba Cho, Ebenezer Akwanga contestent votre légitimité, que leur répondriez-vous ?

L’existence de différents groupes rebelles au Congo n’invalide pas l’autorité du président en tant que souverain. De même qu’en République du Cameroun, accorder de l’attention aux revendications de l’opposition politique ne disqualifie pas Paul Biya en tant que dirigeant de cette entité non progressiste. En Ambazonie, le peuple et la loi du pays confèrent à ma direction une autorité légitime qui peut être contestée mais ne peut pas être une question de revendications inutiles et de propagande. Nous sommes une société légitime avec notre volonté qui se manifeste dans l’acte démocratique de gouvernance. Même ceux qui s’opposent à ma direction aujourd’hui ou qui ont des accusations contre mon service à la nation, pourraient se prévaloir des institutions des États, après la restauration complète de l’État. Ainsi, la plupart des gens n’auraient pas à attendre trop longtemps pour demander justice à leurs griefs. Ma plus grande motivation réside dans l’esprit de combat éternel et la volonté du peuple. Ma priorité c’est la révolution, la politique vient après. Nous sommes attachés à ce devoir sacré quelle que soit la forme de nos relations personnelles et de nos ambitions individuelles. Les victimes ont ma nuit blanche, les combattants ont ma plus haute priorité, les réfugiés vivent dans ma compassion, les prisonniers de guerre obtiennent ma volonté infatigable et notre peuple mérite mes sacrifices.

Propos recueillis par Michel Biem Tong

 

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